Le compromis de la vulgarisation

Ajout du 29 décembre : ce blog est dédié au partage de mes réflexions sur la culture scientifique et la vulgarisation mais ce n’est pas un blog de vulgarisation (j’utilise pour cela d’autres outils, notamment twitter et youtube, ainsi que le face public, quand c’est possible).
Le but de ce billet est de réfléchir à pourquoi un point précis lié à la vaccination a selon moi été mal traité par les personnes s’étant exprimées à ce propos. C’est une réflexion sur la vulgarisation, pas sur la vaccination, et je ne souhaite pas mélanger ces sujets. Je me réserve donc le droit de supprimer certains commentaires si j’estime qu’ils font dévier le débat.

Si ça vous intéresse, j’avais un peu parlé de vaccination ici et je centralise les informations sur les vaccins anti-SARS-CoV-2 qui me paraissent intéressantes dans ce thread (et les informations sur le coronavirus en général dans ce moment twitter).

Pour rendre des informations complexes compréhensibles sans les dénaturer, la vulgarisation nécessite souvent de faire des compromis. En fonction du public, du contexte, du temps dont on dispose et de nos objectifs pédagogiques, on peut se permettre de rentrer plus ou moins dans les détails, de simplifier plus ou moins grossièrement. C’est un exercice d’équilibriste et chaque vulgarisateur y trouve sa propre zone de confort, ce qui peut donner lieu à des discussions assez animées.

Et puis, de temps en temps, il y a des combinaisons sujet/contexte particulièrement compliquées, dans lesquelles on se retrouve obligés de vraiment lâcher du lest, ou bien sur la rigueur ou bien sur l’accessibilité.

J’en ai croisé beaucoup dans le domaine de la physique, où il est très simple de faire une expérience basée sur la tension de surface avec des enfants de 6 ans… mais beaucoup plus compliqué de leur expliquer le principe de la tension de surface. C’est le genre de situations où je rogne sans scrupule sur l’exactitude : je veux que les enfants se souviennent de l’expérience et associent la science à quelque chose d’intéressant. Peu m’importe qu’ils comprennent vraiment d’où vient l’effet Marangoni.

Mais récemment un de ces dilemmes pour vulgarisateurs a pris de l’importance dans l’actualité et je trouve que, collectivement, les personnes qui se sont exprimées sur le sujet ont échoué à trouver une position d’équilibre acceptable, moi comprise. Alors que le sujet est essentiel : les vaccins à ARN messagers qui commencent à être administrés dans un certain nombre de pays.

Je voulais faire un thread pour développer mon point de vue sur la question mais ce que j’ai à dire est beaucoup trop long pour tenir en quelques tweets donc désolée, nous voilà partis pour un (long) article de blog (sans illustration parce que je n’ai pas le temps d’en chercher alors qu’elles ne serviraient qu’à la déco, vous êtes prévenus). Mettons les pieds dans le plat : pourquoi se plante-t-on, à mon avis, sur la façon d’aborder le sujet des vaccins à ARN ? Et qu’est-ce que je peux conseiller, en tant que médiatrice scientifique et après avoir pris le temps de vraiment y réfléchir, pour faire mieux ?

Avant toute chose je tiens à dire que beaucoup de contenus de vulgarisation de qualité ont été produits sur le fonctionnement des vaccins à ARN. Le sujet sur lequel il me semble que la vulgarisation est mal faite est plus précis que ça. Et il a été mis de force sous le nez des vulgarisateurs et des experts, qui n’ont pas eu d’autre choix que de s’y attaquer pour répondre à de la méconnaissance voire de la désinformation. C’est quelque chose qui arrive parfois : quelqu’un pose une question qui nous prend complètement au dépourvu, qui nous parait insensée mais à laquelle il faut bien répondre, surtout si elle prend de l’importance et se base sur des incompréhensions.

En l’occurrence, la question épineuse ici est : est-ce que les ARN messagers contenus dans les vaccins sont susceptibles de modifier notre génome ?

La difficulté étant que, comme ces vaccins concernent tout le monde, il faut fournir à cette question une réponse suffisamment accessible et succincte pour être diffusée largement et comprise facilement. Or, pour répondre de façon rigoureuse à cette question, il faut mobiliser un certain nombre de concepts complexes et mal connus du grand public, nous aurons l’occasion d’y revenir.

Je trouve que le sujet a été mal traité mais, vraiment, je ne juge personne pour ça : la combinaison thématique/contraintes est difficile et il m’a fallu plusieurs jours de réflexion pour arriver à une réponse que j’estime satisfaisante (et encore plus de temps pour écrire cet article). Un délai que les experts, rapidement sollicités par les médias pour répondre aux inquiétudes de la population et généralement occupés par ailleurs, n’ont pas eu. Dans la grande majorité des contenus que j’ai vu passer, le choix a été de sacrifier la rigueur pour gagner en clarté.


Et paf la rigueur


Vous pourriez dire que je suis mal placée pour critiquer alors que je fais moi-même partie des gens qui ont adopté ce positionnement. Une seule et unique fois, mais dans un contexte qui a touché beaucoup de monde : le JT d’une grande chaîne nationale (en l’occurrence le 20h de TF1 du 12 décembre 2020, mais je n’ai pas trouvé de lien renvoyant vers un replay encore fonctionnel). Justement, quitte à critiquer nommément quelqu’un, autant que ce soit moi. Ça évitera d’être désagréable avec une autre personne qui n’aurait rien demandé et ça permet d’expliquer pourquoi j’ai fait ce (mauvais) compromis.

Quand une journaliste m’a contactée le 12 décembre pour un sujet « sur l’ARN », j’ai hésité à refuser l’invitation. Parce que je ne suis vraiment pas fan des interventions télé, parce que je n’aime pas agrémenter mes week-ends de bénévolat imprévu et parce que ce sujet me paraissait impossible à traiter avec les contraintes d’un reportage de JT. Je savais que j’aurais au grand maximum vingt secondes pour m’exprimer, avec une bonne chance pour que des coupes dans ma réponse soient faites au montage. Mais je me suis dit que j’avais quelques heures pour essayer de trouver un compromis accessibilité/rigueur et j’aimais bien la démarche de la journaliste, qui, pour une fois, n’a pas du tout essayé de me faire m’exprimer en dehors de mon strict domaine d’expertise (merci à elle pour ça). J’ai donc accepté.

L’enregistrement (à distance) s’est très bien passé, j’avais trouvé une métaphore pas trop mauvaise et j’avais fait une réponse assez courte. Le soir en découvrant le sujet… surprise (non) : ma réponse avait été coupée, il n’en restait que le début (en gros « L’ADN est dans le noyau, une espèce de château fort dans lequel on ne peut pas rentrer comme ça ») et la fin (en gros « Non, l’ARN du vaccin ne peut pas modifier l’ADN. »). Exit la métaphore, durée totale de l’intervention conservée : 9 secondes. 🙃

Si le début est vrai, la fin très affirmative est beaucoup plus discutable. Pourtant je suis sûre que vous avez lu et entendu des phrases équivalentes à celle-ci un certain nombre de fois, y compris dans la bouche de personnes très compétentes. Mais pourquoi, si c’est faux ?

Revenons à la métaphore que j’aimais bien et qui n’a pas été gardée au montage : « si l’ADN, le support de l’information génétique, était la version officielle d’une chanson que vous écoutez chez vous, l’ARN messager serait la version que vous fredonnez en vous baladant dans la rue. Il y a un lien entre les deux mais c’est l’ADN qui conduit à la production de l’ARN. » C’était manifestement déjà trop long comme réponse et ça revient tout de même à faire des compromis sur la rigueur, mais j’aime bien cette métaphore parce qu’on peut la développer efficacement pour devenir plus juste tout en restant compréhensible.

Dans l’absolu il n’est pas impossible que l’artiste d’origine vous croise dans la rue, vous entende fredonner, trouve votre interprétation super et vous invite à enregistrer une nouvelle version de la chanson. C’est-à-dire que l’ARN messager finisse par modifier l’ADN. Mais c’est quand même hautement improbable et il y a des tas d’autres choses qui ont plus de chance de vous arriver si vous fredonnez dans la rue. Comme de croiser un passant dont le regard moqueur vous inciterait à vous arrêter. (Ce qui peut être mis en parallèle avec la courte durée de vie des ARN messagers.) Tout comme il y a des tas d’autres choses qui ont influencé la version d’origine de la chanson, et qui influenceront ses futures versions officielles, mais qui n’ont rien à voir avec votre fredonnement.

Bref, une façon d’être plus juste serait de dire « Il n’est pas strictement impossible que l’ARN du vaccin modifie l’ADN, mais c’est extrêmement peu probable. ». Un propos que vous avez peut-être aussi entendu et qui, s’il est moins faux que le premier (« L’ARN du vaccin ne peut pas modifier l’ADN. »), reste cependant trompeur. Donc pas forcément préférable à mon avis.

En effet, si on s’arrête-là sans faire de comparaison entre la situation en cas de vaccin et la situation en cas d’infection par le virus, on peut donner l’impression que, au moins sur cet aspect-là, le vaccin est plus dangereux que le virus. Donc entretenir la défiance vis-à-vis des vaccins. Ce qui revient à s’éloigner de ce qui était le cœur du message pédagogique initial, puisque les personnes qui s’inquiètent des effets de l’ARN messager vaccinal sur leur ADN s’inquiètent en fait des effets secondaires qui pourraient justifier de renoncer à se faire vacciner.

Le résumé du message à faire passer est, en gros, « inutile de s’inquiéter des effets des vaccins sur notre ADN ». C’est ce que le public retient des propos de type « l’ARN messager ne modifie pas l’ADN », même s’ils sont factuellement faux. Mais ce n’est pas ce que le public retient des interventions de type « l’ARN messager a vraiment très très peu de risques de modifier l’ADN » parce que « très très peu de risques » multipliés par « vraiment beaucoup de personnes vaccinées », ça n’a pas l’air si anecdotique que ça.

Comment faire pour trouver un meilleur compromis ? Pour certains, la solution a consisté à se lancer dans des explications de biologie moléculaire et à détailler ce qui peut arriver à un ARN messager dans une cellule…


Et paf l’accessibilité


Je ne vais pas moi-même partir dans ce genre d’explications ici, j’en ferais peut-être une vidéo si je trouve du temps pour ça. J’aimerai surtout revenir sur pourquoi ça me parait être une mauvaise idée, en termes d’accessibilité du contenu et dans le contexte qui nous préoccupe, de se lancer dans de la biologie moléculaire trop poussée.

Rappelez-vous, on cherche à clarifier un sujet d’inquiétude en lien avec des vaccins qui concerneront toute la population. Le public à cibler pour dissiper efficacement les incompréhensions est donc très large et va bien au-delà des personnes qui ont ou pensent avoir des bases de biologie. Pour savoir comment s’adresser à un public, les médiateurs habitués aux interventions « en présentiel » ont une technique bien rodée : lui poser des questions pour évaluer son niveau de connaissances et s’y adapter. Malheureusement, les restrictions sanitaires compliquent le contact direct, et les réseaux sociaux et leurs bulles de filtre sont inadaptés pour sonder une population aussi large.

Il devient donc intéressant de se tourner vers les médiateurs scientifiques qui ont déjà une solide expérience d’ateliers sur des thématiques liées à la génétique, auprès de publics variés. Eux savent quelles réponses ils reçoivent quand ils demandent à leurs spectateurs ce qu’est un génome ou ce qu’est l’ADN. Non ce n’est pas un échantillonnage parfait, mais ça permet déjà de se faire une idée des termes qu’on peut utiliser pour être compris.

Il se trouve que j’ai moi-même animé de nombreux ateliers autour de l’ADN (à base d’écrabouillage de banane, je vous conseille cette expérience si vous ne l’avez jamais faite), en contexte scolaire avec des élèves de primaire mais aussi en périscolaire avec des enfants d’âges plus hétérogènes et pendant les vacances avec des familles. J’interroge aussi régulièrement le public adulte qui assiste à mes conférences de virologie sur la notion de génome. J’ai donc entendu des dizaines voire des centaines de personnes essayer de m’expliquer ce qu’elles savaient des génomes et de l’ADN. Et, amis biologistes, j’ai une mauvaise nouvelle pour vous.

Le niveau de compréhension des adultes est rarement meilleur que celui des élèves de primaire.

Ça n’a en fait rien d’étonnant : pour une bonne partie de la population, les cours de SVT s’arrêtent au collège. Et oui, tout le monde ne va pas au lycée général. Où, par ailleurs, toutes les filières ne permettaient pas de faire des SVT jusqu’en terminale, même avant la dernière réforme (je sais qu’il y a des spécialités hors filière générale qui permettent de faire des SVT, voire de la biochimie plus poussée que celle au programme de l’ancien bac S. Là aussi, ça touche une minorité de personnes par rapport à la population générale). Or c’est tout à fait normal d’oublier les choses qu’on a apprises au collège sans les remobiliser plus tard. Demandez à vos proches de vous citer les théorèmes de Pythagore et de Thalès, de vous donner les dates d’événements historiques clés, de lister les différents types de subordonnées, d’énoncer la loi d’Ohm ou de définir ce qu’est une réaction d’oxydo-réduction. Tout ça est au programme du collège mais peu d’adultes auraient tout juste (moi comprise).

On se souvient avoir appris ces choses, le vocabulaire est vaguement resté mais, pour les concepts qui n’ont pas resservi depuis, le détail est devenu flou. C’est la même chose en biologie. Les mots « génome », « cellule », « gène », « noyau » ou encore « ADN » et « protéine » sont familiers mais la représentation que s’en font la plupart des gens n’a plus grand-chose à voir avec le sens que leur donnent les biologistes.

En fait, on est dans la pire situation possible pour de la vulgarisation, celle des faux amis ! Des mots connus, utilisés, mais qui ne veulent pas dire la même chose pour la personne qui explique que pour celle qui reçoit l’explication. On peut ainsi avoir l’impression de s’être très bien compris alors que pas du tout.

Évidemment les contraintes du format jouent beaucoup. Dans une longue vidéo ou un long podcast, on peut prendre le temps de reposer toutes les bases et de bien redéfinir chaque concept. Dans une interview courte et que le journaliste voudra rendre percutante, ce sera plus compliqué voire impossible.


Le pire combo


Quelques-unes des tentatives de vulgarisation concernant l’effet des ARN messagers sur l’ADN ont abouti à la pire combinaison possible : des explications de biologie moléculaires relativement poussées, donc peu accessibles, expliquant pourquoi l’ARN messager ne peut pas modifier l’ADN de la cellule dans laquelle il se trouve, donc fausses.

Finir par perdre à la fois la simplicité et la justesse, ça parait incroyable. Pourtant j’ai vu beaucoup de contenus de ce type, produits par des personnes très sérieuses et compétentes. En fait, si je m’étais lancée sur ce sujet avant de prendre le temps de vraiment y réfléchir, j’aurais sans doute moi-même fait ce genre de chose.

C’est parce qu’il y a deux niveaux de réponse à la question « l’ARN messager peut-il modifier l’ADN ? ». Le premier niveau consiste à expliquer tous les mécanismes qui empêchent l’ARN messager de modifier l’ADN. Il y en a plusieurs et chacun nécessite de poser plusieurs concepts non maîtrisés par la majeure partie du public. Disons que si on voulait en faire un thread avec illustrations et en s’assurant que tout soit clair, il faudrait déjà une petite vingtaine de tweets. La plupart des contenus poussés que j’ai vus sur le sujet s’arrêtent-là, et c’est déjà un gros boulot de vulgarisation !

Le second niveau de réponse consiste à présenter les mécanismes susceptibles de venir enrayer cette machinerie bien huilée. C’est celui que je trouve le plus fun, mais j’ai fait une thèse en biologie moléculaire, donc je ne suis clairement pas représentative là-dessus. En tous cas, s’y attaquer vient encore ajouter une grosse couche de complexité sur le reste. D’une part parce que ça nécessite d’introduire un nouveau lot de notions. D’autre part parce que ça implique de démolir l’idée que les mécanismes à l’œuvre dans nos cellules sont des bijoux millimétrés.

Le vivant, c’est le bordel. Ce qu’on nous présente comme « ce qui se passe dans nos cellules » correspond généralement à la situation principale, mais il y a des exceptions et des petits dysfonctionnements dans tous les sens. Qui, à l’échelle de la durée de l’évolution des espèces, ont des conséquences non négligeables. Dans l’absolu, présenter notre génome comme correspondant à « l’ensemble des données qui définissent ce que nous sommes, sous la forme de séquences d’informations qu’on appelle les gènes », c’est complètement faux. Les gènes représentent moins de 2% de la longueur du génome humain. Le reste est un énorme vrac d’autres choses, dont des trucs capables de finir par incorporer dans l’ADN du génome des séquences dérivées d’ARN messagers. Trucs qui sont généralement éteints pour éviter d’ajouter du bordel au bordel, mais qui arrivent parfois à passer entre les mailles du filet quand même.

Autant dire que ce n’est pas facile de vulgariser ça efficacement à un public qu’on n’a pas en face de soi et dont on ne peut pas s’assurer qu’il suit effectivement les explications. C’est possible d’y arriver, évidemment, mais ça demande une certaine maîtrise de la vulgarisation, une bonne idée de ce que le public risque de comprendre de travers… et du temps. Ce qui, mécaniquement, diminuera la quantité de personnes qui accéderont au contenu.

Sans compter que si le premier niveau de réponse (pourquoi l’ARN messager n’est pas censé modifier l’ADN) est évoqué au lycée, donc vraiment bien connu de toutes les personnes ayant un peu étudié la biologie, ce n’est pas le cas du second niveau de réponse (pourquoi l’ARN messager peut parfois modifier l’ADN). Si on ne s’intéresse pas particulièrement à la génétique ou à la biologie moléculaire, on peut arriver jusqu’au Doctorat sans avoir vraiment étudié les rétrotransposons et les rétrogènes. On en a généralement entendu parler au début des études supérieures mais, une fois de plus, au bout d’une (ou plusieurs) dizaines d’années, on n’a plus en tête les choses qu’on n’a évoquées qu’une fois avant de se spécialiser dans un autre domaine.

Personnellement je connaissais un peu tout ça parce que j’ai travaillé sur le VIH, un virus qui a la particularité de transformer son ARN en ADN. J’avais été amenée à creuser certaines des notions associées et je savais que, potentiellement, les ARN cellulaires pouvaient finir intégrés dans le génome. Mais il a fallu que j’aille refaire de la bibliographie pour voir si ça concernait aussi les ARN messagers (qui sont un type d’ARN parmi d’autres) et si on avait une idée de la fréquence à laquelle cela peut arriver, des conditions nécessaires pour que ce soit possible ou du détail des mécanismes impliqués.

Autant dire qu’avant de se creuser la tête pour réfléchir à comment expliquer tout ça, il faut déjà réaliser qu’il y a quelque chose à explorer au-delà des connaissances de base de génétique et c’est loin d’être une évidence pour les biologistes qui ne se sont pas particulièrement intéressés à ce domaine. Ce sujet fait partie de ceux qui nécessitent une expertise très spécifique. Tous les biologistes ne sont pas des généticiens spécialisés en biologie moléculaire, comme ils ne sont pas tous épidémiologistes ou virologues.

Et encore, je n’ai pas évoqué ici les discussions qui concernent l’impact des modifications du génome par les vaccins à ARN si jamais elles finissaient par se produire ou, pour être plus précise, toutes les raisons qui font que cet événement improbable aurait de toutes façons des conséquences négligeables voire inexistantes. Le sujet est vraiment très vaste.

Mais finalement, est-ce qu’on a besoin de rentrer dans tous ces détails pour savoir si les ARN messagers utilisés dans certains vaccins contre le SARS-CoV-2 sont des menaces pour nos génomes ? A mon avis, pas du tout. Et c’est une bonne nouvelle : le dilemme accessibilité/rigueur sur lequel on est nombreux à s’être cassé les dents est un faux dilemme et on va facilement pouvoir faire mieux en termes de vulgarisation !


Comment faire mieux


Il arrive un peu tard par rapport à ma micro-interview du 12 décembre mais, après plusieurs semaines de silence volontaire sur ce sujet, voici le résultat de ma réflexion : la question « les vaccins à ARN messagers peuvent-ils modifier notre ADN ? » est mal posée, il faut donc s’autoriser à botter en touche pour répondre à une autre question, plus pertinente.

Note : je n’ai jamais dit que ma solution était révolutionnaire et brillante. Elle est ridiculement simple et, d’après ce que j’ai lu ces derniers temps, je suis loin d’être la seule à être arrivée à cette conclusion.

On ne peut pas se permettre de dire que les ARN messagers des vaccins ne peuvent pas modifier l’ADN. Parce que c’est faux et que, forcément, des personnes méfiantes vis-à-vis des vaccins vont trouver des sources expliquant que c’est faux. Ce qui va miner leur confiance dans les vaccins ET dans les vulgarisateurs. Ce serait perdant sur toute la ligne.

Disons donc la vérité : oui, les ARN messagers des vaccins peuvent modifier l’ADN des cellules dans lesquelles ils rentrent. C’est extrêmement rare, mais c’est possible.

On ne peut pas se permettre de s’arrêter-là parce que cela susciterait une méfiance vis-à-vis des vaccins qui reposerait sur une vision erronée de la réalité. Mais on ne peut pas se permettre de rentrer dans des détails de biologie moléculaire qui perdraient une partie du public alors que, dans ce cas précis, on veut s’adresser à la population la plus large possible.

Ça tombe bien, la question qu’il faut traiter ensuite n’est pas « comment ces ARN messagers pourraient-ils modifier notre ADN ? », « est-ce qu’on peut l’éviter ? » ou « est-ce que cette modification de l’ADN est susceptible d’être grave ? ».

Le cœur du sujet est la balance bénéfice/risque de ces vaccins, contre un virus qui circule très efficacement dans la population et que tout le monde risque donc d’attraper. La seule question qui vaille est : « est-ce que ce risque de modification de l’ADN est plus important avec le vaccin qu’avec le virus ? ».

Et hop, il devient facile d’y répondre sans entrer dans des explications compliquées.

Le vaccin consiste à injecter un ARN messager, dans une zone du corps, et une fois ces molécules détruites le stock n’est pas renouvelé. L’infection par le virus aboutit à la production de plusieurs ARN messagers différents, simultanément dans différents organes, et le stock d’ARN est renouvelé en continu par les cellules infectées. Quelle que soit la probabilité qu’un ARN messager modifie l’ADN de la cellule dans laquelle il se trouve, ce risque est beaucoup plus élevé pour les ARN messagers viraux produits en cas d’infection que pour l’ARN messager injecté pour la vaccination. Ce n’est donc pas une raison de préférer le risque d’infection à la vaccination.

Ça ne tient toujours pas en neuf secondes de JT, mais ça tient en moins de cinq tweets. Voire un seul si on l’accompagne d’une illustration sous forme de tableau synthétique. Chiche, on essaye de diffuser cette explication très accessible pour qu’elle touche le plus de monde possible ? Les personnes qui voudront creuser le sujet pourront toujours aller voir des explications plus poussées.



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26 commentaires sur “Le compromis de la vulgarisation

  1. Bonsoir,
    Je vous remercie pour vos explications qui me rassurent et je me ferai vacciner dès que cela sera possible.
    Mais j’ai une petite question : puisque l’ARN messager est détruit rapidement et qu’il ne se reproduit pas, comment peut-on être protégé au fil du temps ? Les globules blancs (et progénitures) gardent-ils en mémoire les caractéristiques du virus pour produirent les anticorps ? Dans ce cas ces cellules ont bien été modifiées non ?

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    1. Pour vous informer sur le fonctionnement de la mémoire immunitaire, je vous renvoie vers cette vidéo que j’avais faite à ce sujet : https://www.youtube.com/watch?v=zo9re5gBrBU (Désolée, je n’ai pas le temps de me relancer dans les explications. Elle s’adresse à des lycéens voulant réviser le bac, ça change un peu le ton mais pas vraiment le message.)

      En très résumé : le principe de la mémoire immunitaire est de faire se multiplier et de stocker pour mémoire des cellules déjà présentes à la base dans notre organisme. Il n’y a pas de modifications génétiques impliquées.

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  2. Bonsoir.

    Je vous remercie bien sincèrement pour votre article et à titre personnel, j’admire la démarche.

    Je n’ai aucune prétention quant à mes connaissances toutefois le sujet m’interesse énormément dans la mesure où je suis infirmière coordinatrice en Ehpad et confrontée à la défiance voire à l’opposition des équipes soignantes concernant la vaccination, sans parler des familles…

    Après toutes ces années aux côtés de nos aînés, force est de constater qu’ils sont très ouverts à la discussion.

    En l’occurrence, le discours des résidents est simple : « bien sûr qu’il faut se faire vacciner, ce n’est pas la peine de se plaindre d’une situation quand on nous donne le moyen d’y remédier et qu’on ne le fait pas ».
    C’est une logique implacable…

    Concernant les effets secondaires à court terme, la réponse est fataliste » Il faut bien en passer par là pour s’en sortir, on a vu pire… D’ailleurs encore à la télé j’ai vu ces gens qui cassent tout… « .

    Concernant les effets secondaires au long court, la réponse est différente :  » Et alors… Dans 15 ans je ne serai plus là pour les voir vos effets secondaires…  »

    Je suis dans un Ehpad où la relation de confiance est primordiale, la dimension humaine est essentielle, à tous les niveaux, comme dans l’ensemble des structures (je l’espère). Les échanges sont primordiaux, et ils s’avèrent très constructifs.

    Pourtant… Je constate au quotidien, que les jeunes infirmières tiennent des discours anti vaccination (qu’il s’agisse de la grippe,des infections à pneumocoque…)

    D’où ma question : Comment peut-on s’engager à protéger des personnes fragiles si on refuse tout net un moyen de les protéger ?

    Réponse des infirmières « les vaccins ça rend malade »…  » Qui sait si on ne va pas muter…?  » Voire même « on ne sait pas ce qu’il y a dans les nanos particules… » « Tu te rappelles l’histoire de la sclérose en plaques ? » Etc, etc…

    Bien sûr, il est compréhensible qu’une personne n’ayant eu ni cours, ni formation sur ce sujet puisse avoir ces interrogations… Toutefois, de la part d’infirmières, je suis perplexe… Est-ce à dire que ces professionnelles ne font pas confiance à la médecine ? Car il ne faut pas oublier que toute découverte est forcément nouvelle lorsqu’elle est découverte…

    La démarche à mon sens, en tant que professionnelle diplômée reste simple : il suffit de prendre les mots-clés, et d’ouvrir un bouquin d’anatomie pathologie.
    Aucun jugement, aucune interprétation… Juste de la logique et de la compréhension. Définition vaccin… Définition ARNm, définition nano particule, définition cellule, définition ADN, définition virus, etc, etc…

    Et pourtant, cette démarche s’est perdue. Pourquoi ?

    Comment dans ce contexte, espérer l’adhésion de la population ? Car au quotidien, ce sont ces professionnels qui sont au contact, ce sont eux qui véhiculent leurs propres convictions, et tout naturellement, les aînés qui font confiance suivent…

    Je tiens à préciser qu’à titre personnel, j’adhère complètement à la démarche de choisir pour soit, en son âme et conscience.

    Y a-t-il espoir de couper la chaîne de transmission si des personnels essentiels, au contact quotidien de personnes fragiles, ne sont pas prêts à se faire vacciner…

    La situation est elle identique partout ?

    J’espère toujours trouver les réponses…

    Encore merci, et bonne continuation.

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    1. Merci de ce témoignage, je crois moi aussi que le dialogue et la bienveillance sont essentiels !

      En revanche, n’ayant pas fait d’études dans le domaine de la santé, je n’ai aucune idée de ce qui, dans la structure des cursus de formation, pourrait expliquer la défiance actuelle vis à vis de la vaccination parmi les personnels paramédicaux. J’ai entendu des personnes plus au courant que moi expliquer que les approches préventives et la santé publique sont peu présentes dans les formations médicales et paramédicales françaises, mais je n’en sais pas plus.

      Bonne continuation à vous aussi !

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  3. Bonjour,
    Il n’est pas question de connaissances ou de pédagogie pour ce qui de la vaccination covid19, mais d’éthique… Est-il éthique de prendre des risques pour un virus qui tue si peu ? Pourquoi ne pas attendre que la science ait levé les doutes ? C’est cela que les « contre » veulent savoir…

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    1. Qui tues si peu ? On ne doit pas vivre dans le même monde !
      Moi je vois une mortalité élevée, et ce malgré des procédés extrêmes pour endiguer les contaminations (gestes barrière, masques, couvre feux, fermeture des lieux publics et confinements..), des services de réanimation qui tendent à la saturation dès que l’on lève le pied sur ces mesures…
      Effectivement on pourrait rester confinés un an de plus, pour prendre le temps et rassurer autour du vaccin, mais les conséquences sur l’état mental que cela engendrerait, m’inquiète bien plus que d’hypothetiques effets secondaires sur des vaccins effectivements très récents mais qui utilisent des procédés étudiés depuis plusieurs années maintenant…

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    2. Le virus tue « peu » la personne qui l’attrappe. Mais il est extrêmement contagieux, donc beaucoup de personnes l’attrappent. Donc il finit par tuer beaucoup de personnes. Mais au delà du nombre de morts, il me semble qu’il ne faut pas oublier que pour une personne qui meurt, il y en a des tas qui passent des semaines à l’hôpital, ce qui désorganise tout le système de santé, et épuise les soignants. Ça peut avoir des conséquences très lourdes à moyen et long terme, rien que par la difficulté à recruter du personnel. Sans même parler des séquelles à long terme qui peuvent suivre une infection… Un vaccin qui protège en grande partie des effets de la maladie contribue à désengorger les hôpitaux, et réduit le nombre de personnes qui auront des séquelles à long terme.

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    3. Bonjour,

      Comme vous l’aurez sans doute remarqué, le but de ce billet (posté sur un blog de réflexions concernant la culture scientifique, pas un blog de vulgarisation ou de médecine) est de réfléchir à pourquoi un point précis lié à la vaccination a été mal traité par les personnes s’étant exprimées à ce propos. Rien d’autre. Si je devais dérouler un argumentaire pour ou contre la vaccination ce serait sur les supports que j’utilise pour vulgariser, à savoir twitter et ma chaîne youtube, pas ici. Je ne vais donc pas rentrer dans ce genre de discussion sur ce blog.

      (Ceci dit attention, l’affirmation « ce virus tue peu » est trompeuse. Le taux de létalité du SARS-CoV-2 est relativement faible, comparé à d’autres virus comme le SARS-CoV-1 ou Ebola… Mais ce virus est contagieux et se répand efficacement dans la population. Il tue donc peu en proportion mais touche beaucoup de personnes, ce qui finit par quand même faire beaucoup de morts. D’autant que ce virus envoie une proportion non négligeable des personnes contaminées à l’hôpital, ce qui sature les systèmes de soin et conduit à une augmentation de la mortalité due au SARS-CoV-2 ainsi qu’à une moins bonne prise en charge de l’ensemble des autres pathologies nécessitant des soins, donc à d’autres décès.)

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    4. « Pourquoi ne pas attendre que la science ait levé les doutes ? »
      lever quels doutes au juste ? et combien de temps doit on attendre ?
      le doute sera toujours la, c’est la base de la science.
      et c’est clair, l’ADN risque d’etre touché, c’est meme garanti. mais 1 fois toutes les combiens de cellules ?
      c’est cela qui doit être quantifié ?
      avoir un chiffre, cela changera-t-il quoi que ce soit ?
      tous les vaccins causent des morts, il n’y a pas 1 seul vaccin au monde qui n’a pas tué au moins 1 personne. Le vaccin de la rougeole tue chaque année 1 ou 2 enfants. Personne n’a jamais dit que c’est 100% inoffensif.
      et il y a des morts avec le vaccin de pfizer deja.

      donc… attendre … combien de temps ? 1 mois ? 6 mois ? 1 an ? 10 ans ?
      se demander si on peut attendre, ok, il faut clarifier mais dans quel but et ce sera quoi l’indicateur qui dit : ok, tout est beau maintenant.

      le problème est que personne n’est capable de dire ce qui les rassurerais.
      et on reviens a la phrase clef de cet article : as tu plus de chance de mourir a cause du vaccin ? ou sans le vaccin ?

      « pour un virus qui tue si peu »
      la aussi, il manque des informations, quel est le seuil acceptable ? a partir de quel % de mort doit on agir ?
      la covid-19 est la 3ieme ou 4ieme cause de mortalité en 2020 dans la majorité des pays.
      du coup, logiquement, on ne devrais absolument rien faire pour soigner toutes les maladies moins mortelles.
      donc finit le traitement du diabete, du foi, des reins, du sida etc, de tout sauf des crises cardiaques et cancers.
      donc le « si peu » c’est cela ? s’occuper de 2 ou 3 maladies mais pas de toutes les autres.
      la les gens se disent : euh… non, je veux soigner mon appendicite ou le caillot de sang.
      donc ce 0.5/1% ce n’est pas si peu finalement.

      ce poser des questions c’est bien, mais il faut réfléchir a celles-ci et se demander quelles sont les options sur la table et ce que cette question implique ou représente dans les faits.

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  4. Merci pour l’article que je vais partager, j’emprunterais bien aussi l’image pour une vidéo (qui ne fait pas de vues, je fais pas de vues, je fais des trucs pour m’amuser) dans une démonstration logique évidente…
    Je vais relayer un max l’article à la somme de gens mal informés ou pétochards pour rien… 🙂

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  5. L’ADN de mon message précédent a été infecté ! Le revoici :
    Longue analyse pour une idée-conclusion courte est efficace. Je dis bravo et merci ! Il reste à chiffrer le bénéfice du risque encouru. L’avantage semble évident pour les personnes à risque (plus de 75 ans particulièrement, cf. Euromomo). Mais est-ce nécessaire a priori (l’a priori fait partie de la question) de partir sur une vaccination générale de la population ?

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    1. Bonjour,

      Comme indiqué en réponse à un autre commentaire, le but de ce billet (posté sur un blog de réflexions concernant la culture scientifique, pas un blog de vulgarisation ou de médecine) est de réfléchir à pourquoi un point précis en lien avec la vaccination a été mal traité par les personnes s’étant exprimées à ce propos. Rien d’autre.

      Si je devais dérouler un argumentaire pour ou contre la vaccination, qui serait effectivement centré sur la balance bénéfice/risque ce serait sur les supports que j’utilise pour vulgariser, à savoir twitter et ma chaîne youtube, pas ici. Je ne vais donc pas rentrer dans ce genre de discussion sur ce blog, désolée.

      (Mais en version très courte : l’impact actuel du corona ne se limite pas aux personnes infectées faisant des formes graves. La saturation du système de soin, les confinements et autres restrictions nous concernent tous. La balance bénéfice/risque doit prendre en compte toutes les conséquences de la pandémie, pas « juste » la mortalité directe.)

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  6. Bonjour,

    Je vous renvoie à la conclusion de l’article : l’infection conduit à l’accumulation de plus d’ARNm dans notre organisme que la vaccination. Il est donc inutile de rentrer dans des détails d’évaluation des risques associés à ces ARNm (qui seraient forcément de l’ordre de la spéculation, compte tenu des connaissances actuelles dans ce domaine) : le risque associé est forcément supérieur en cas d’infection qu’en cas de vaccination.

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  7. Bonjour.

    Concernant la vulgarisation des informations, à mon sens, elle est essentielle pour permettre d’obtenir l’adhésion d’une majorité de personnes à un vaste projet, quel que soit le domaine concerné.

    Car noyer un message dans un vocabulaire très spécialisé qui a tout du charabia pour la majorité de la population permet certes de montrer l’étendue des connaissances de « ceux qui savent » par rapport à « ceux qui ne savent pas ». C’est valorisant pour les premiers… Mais à mon avis contre productif.

    Cela conduit inévitablement à perdre en chemin une partie de « Ceux qui ne savent pas » qui n’adhérent pas à quelque chose de trop obscur/abstrait. Sauf à avoir la démarche de comprendre « l’inconnu », ce qui n’est pas évident.

    Toutefois, la vulgarisation pose un problème majeur. Simplifier les données conduit les plus méfiants à prendre des raccourcis qui les amènent à des conclusions erronées.

    Un exemple concret sur le sujet de ce virus ? L’accès à certains médicaments dans le cadre de l’accompagnement de fin de vie a été compliqué dans certaines structures.

    Évidemment, pour les proches et les soignants c’est un déchirement de voir souffrir et partir la personne. La voir s’asphyxier, c’est monstrueux.

    Certains médicaments permettent de diminuer l’anxiété et la douleur. C’est primordial pour les soignants et les proches, et bien plus encore pour la personne en fin de vie.

    Conscient de la difficulté de la situation, le gouvernement a fait paraître un décret pour permettre de remplacer le médicament indisponible par un autre, avec pour objectif une fin de vie digne.

    Et ce message a été relayé largement… Par des personnes n’ayant aucune connaissance sur le sujet, et ne l’ayant pas approfondi. Ce qui a donné lieu à des dérives, puisque certains ont relayé cette « simplification » à outrance, sans creuser eux mêmes le sujet, avec au final une large diffusion du message de base qui est parti à la dérive. Ce qui a donné « le gouvernement permet qu' »en Ehpad on tue au —« …

    Le message laisse entendre que l’euthanasie est pratiquée à tour de bras dans ces établissements, ce qui est profondément choquant. Et atteste d’un profond mépris pour les soignants, mais provoque également une colère profonde chez eux, ainsi que chez les familles. Car bien sûr, ce médicament n’est ni conçu, ni utilisé pour tuer. Dans ce cadre,c’est tout simplement un anxiolytique.

    Le message initial était tout autre : « vous rencontrez des difficultés à accompagner dignement des personnes qui sont à l’agonie, on vous permet d’utiliser un autre médicament sorti de son usage habituel ».

    On voit bien ici que la vulgarisation du message a entraîné son incompréhension et sa complète transformation.

    Alors pourquoi en est on arrivé là ? Peut être parce que ce ne sont pas des professionnels du secteur qui ont pris la peine d’expliquer/vulgariser ? Peut-être parce que certains surfent sur la vague apocalyptique ? Peut être parce que d’autres relayent des messages incompréhensibles ?

    Dans ce cas, ne faut il pas se demander pourquoi les personnes qui adhèrent à une information déformée la font suivre sans l’approfondir ? On en revient encore à la fondamentale recherche personnelle,mais qui n’est pas une démarche spontanée.

    Peut-être est ce plus simple de suivre quelque chose de sensationnel…? Et l’aspect « vérité » devient alors secondaire pour ceux qui sont à l’initiative de la transformation de l’information. Ou bien peut être juste que cela concorde avec leurs propres croyances et leur système de valeurs…?

    Au final, la vulgarisation est importante, voire essentielle. À condition que ce soit les professionnels du métier qui l’evoquent, et que le message soit relayé correctement.

    Les professionnels peuvent avoir des avis divergents, c’est normal et inévitable, la controverse permet de faire avancer le débat. Encore faut il que chacun écoute… Et se fasse sa propre idée.

    Je crois qu’à l’heure actuelle, trop peu de professionnels n’ont pas pris le temps, et pas saisi l’importance de la vulgarisation.

    Votre dernier chapitre sur l’ARNm est particulièrement parlant…

    Au plaisir de vous lire ! 😉

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  8. Tout d’abord, un grand merci pour ce billet très intéressant et d’une grande clarté.

    Si je comprends bien, la probabilité de modification de l’ADN d’une cellule par l’ARN messager est beaucoup plus élevée par l’ARN messager viral que par l’ARN messager injecté par la vaccination.

    Mais pour conclure sur la balance bénéfices-risques, ne faudrait-il pas comparer la probabilité de modification de l’ADN par ARN messager conditionnellement au fait d’avoir été vacciné, à celle d’une modification de l’ADN par ARN messager conditionnellement au fait de ne pas l’avoir été ?

    Ce que je veux dire par là, c’est que la probabilité d’attraper le virus n’est certainement pas exactement égale à 1, et qu’il faut en tenir compte je pense pour pouvoir faire des comparaisons. Pour donner un exemple extrême et complètement irréaliste (mais qui me permet au moins de clarifier ma remarque), si je n’avais qu’une chance sur un million d’attraper ce virus, j’hésiterais sérieusement à me faire vacciner même si on m’expliquait que je diviserais par 100 ou 1000 la probabilité d’une modification de mon ADN par ARN messager si celui-ci était à lié une injection plutôt qu’au virus lui-même.

    J’imagine que dans la réalité, le taux de prévalence de ce virus (sur une période pas trop courte) est supposé suffisamment élevé pour justifier votre conclusion ?

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    1. Certains endroits où la circulation du virus n’a pas été empêchée, comme la ville de Manaus, montrent que, malheureusement, la probabilité d’attraper ce virus peut être assez proche de 1 lorsque les mesures barrières sont levées et que la population n’est pas protégée par une immunité collective suffisante (c’est-à-dire concernant un pourcentage de la population qui doit être d’autant plus élevé que le virus est contagieux).

      Aujourd’hui la probabilité d’attraper le virus est bien inférieure à 1 en France grâce aux gestes barrières et aux restrictions sanitaires. Si celles-ci sont entièrement levées et que nous reprenons « nos vies d’avant » sans avoir vacciné à large échelle, les personnes non vaccinées auront malheureusement une probabilité d’attraper le virus bien plus proche de 1 que de 1 sur un million. Évidemment le facteur temps joue aussi, si vous aviez une probabilité de 1 d’attraper le virus en 1000 ans d’existence, ça vous ferait une belle jambe. En l’occurrence, dans les zones où l’épidémie est hors de contrôle, on semble plutôt être sur une probabilité qui dépasse les 50% en seulement quelques mois, même s’il y a forcément des variations en fonction du mode de vie.

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  9. Bonjour,
    Je n’avais pas perçu que la crainte des gens vis-à-vis du vaccin concernait la modification de l’ADN. J’ai plutôt l’impression que la crainte porte sur les effets secondaires de développement de maladies auto-immunes qui sont des maladies dégénératives voire mortelles et qui en tout cas altèrent considérablement la qualité de vie et l’espérance de vie. Choses que personne ne souhaite. Quid de l’effet de l’injection d’ARNm sur le risque de developper une maladie auto-immune ? quid de ce même risque lié aux adjuvants usuels des vaccins (lesquels sont utilisés dans les differents vaccins anti-covid ?) ? Enfin, quid de ce même risque lié aux adjuvants specifiques du vaccins Covid visant à sur-stimuler le système immunitaire pour maximiser la réponse ARNm de l’organisme suite à la vaccination ?
    Les essais ont été menés sur des 10aines de milliers de personnes certes mais quand on a une prédisposition aux maladires auto-immunes on ne participe pas à ce type d’essais voire on refuse de se faire vacciner, on n’a donc aucun recul des effets du vaccins sur ces personnes.
    Or, il y a beaucoup de monde qui a des prédispositions familiale ou personnelle aux maladies auto-immunes voire qui est affecté par une telle maladie a différents stades (diabete de type 1, sclérose en plaque, lupus, SLA,…) ou qui a eu la chance de faire partie des 50% qui guerissent de la seule maladie auto-immune guerissable suite à un traitement lourd (basedow) et qui ne veut donc surtout pas rechuter ou développer une autre maladir auto-immune incurable.
    On ne parle jamais de ces questions. Cela donne l’impression d’une volonté de cacher des choses. Ces gens feraient juste partie des statistiques de cas à effet secondaires qu’il faudrait concéder dans la lutte contre la covid. Mais si statistiquement le taux de tels cas serait très faible sut le total des vaccinés, par contre ramené à la seule population ayant ces dispositions, cela représente un risque considérable pour ced personnes . Peut-être que le virus lui-même présente un risque de même sorte mais dans ce cas, il faut présenter les 2 risques en regard l’un de l’autre pour que l’arbitrage soit possible. En outre, pour que cette population prédisposée puisse envisager de se faire vacciner, il faudrait leur proposer un suivi médical post-vaccination adapté à leur cas avec des analyses de sang à interval régulier pour vérifier la non apparition d’auto-anticorps avec la possibilité de recourir à un arsenal d’intervention immédiate au cas où des auto-anticorps se manifesteraient afin de stopper le processus (quid d’ailleurs des taux de reussite si le processus est décelé si précocement ? ). Les chocs émotionnels sont connus pour être des facteurs déclenchants de maladies auto-immunes . Se faire vacciner sans aucune information, sans aucun suivi post-vaccin, sans espoir de savoir si on va déclencher une maladie auto-immune autre que le simple fait d’attendre de voir s’il y a apparition de symptômes, c’est extrêmement anxiogène et donc facteur aggravant du risque de développer une maladie auto-immune suite à la vaccination Covid.
    Le discours simpliste consistant à dire, allez y vaccinez vous, ce sera « moins pire » que le risque de maladie est donc totalement inadapté et entretient la défiance notamment ces populations à risques particuliers ou prédispositions particulières.

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  10. Je vois deux façons de vulgariser : celle, comme vous dites mais qu’on peut augmenter : si notre ADN avait une trop forte probabilité à être modifié par un ARN, tous les virus à ARN (y compris le SARS-CoV-2) modifieraient notre génome (bon, cela est arrivé de nombreuses fois au court de notre évolution vu que nous avons 98% de génome étranger si j’ai bien compris). L’autre façon pourrait être d’illustrer les probabilités. J’ignore les valeurs mais cela pourrait être du genre : « vous avez autant de chance qu’un virus à ARN change votre génome que de gagner au loto toutes les semaines pendant toute votre vie ». Et là ça fait moins de 9 secondes !

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    1. Il existe de nombreux mécanismes qui modifient nos génomes. Si plus de 98% de la séquence totale code pour autre chose que des gènes humains, le reste ne correspond pas forcément à l’insertion d’ARN messagers rétrotranscrits, c’est vraiment extrêmement rare. Tellement rare, en fait, qu’on n’a jamais évalué la probabilité de cet événement parce que, pour cela, il aurait fallu qu’il soit effectivement repéré « en direct ». (Même les rétrovirus, qui ont comme particularité de transcrire eux-mêmes leur génome ARN sous forme d’ADN et de l’insérer dans le génome des cellules qu’ils infectent ne représentent « que » 8% de la longueur totale du génome humain, et ces séquences n’ont rien à voir avec des ARN messagers… Parce qu’en fait, il existe de nombreux types d’ARN.)

      Impossible, donc, de donner un ordre de grandeur fiable et de faire tenir ça en moins de 9 secondes. En pratique, une estimation pourrait être que vous avez plus de chances de vous prendre une météorite sur la tête que de voir le génome d’une seule de vos cellules modifié par un ARN messager. Mais c’est une estimation au doigt mouillé, pas rigoureuse, et qui demande donc une mise en contexte.

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  11. C’était intéressant, pertinent, et pas si long, finalement ! Moi qui me pensait embarquer pour une heure, j’en serais presque déçu (je plaisante).

    La conclusion éveille en moi un écho avec la question des risques industriels (nucléaires dans mon cas), à laquelle on répond par un concept de « défense en profondeur » : réduire au maximum la probabilité d’occurrence d’événement indésirable MAIS quand même postuler qu’il se produit et en étudier les conséquences et leur acceptabilité.
    Je vois la même logique avec ce vaccin : la modification de l’ADN est très peu probable et même si elle survient, elle n’a pas de grosse conséquence attendue, à fortiori en comparaison au risque posé par le virus.

    Cette approche sur deux fronts, courante quand on parle des risques industriels, est probablement ce qu’il manquait pour cette histoire de vaccins !

    Merci pour ce billet, et tout le reste.

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  12. Bonjour,

    L’article est vraiment cool (et devrait être très largement diffusé), cependant je crains que la vidéo du JT ne soit plus disponible (le lien renvoie vers la page du JT, pas vers le JT du jour voulu. Je pense que les JT ne sont pas disponible suffisamment longtemps). Où est-ce que je pourrais trouver cet extrait?

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    1. Bonjour,

      En effet… J’ai cherché un nouveau lien encore fonctionnel mais je n’en ai malheureusement pas trouvé. Il s’agissait du 20h du 12 décembre sur TF1.

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  13. « ce virus envoie une proportion non négligeable des personnes contaminées à l’hôpital, ce qui sature les systèmes de soin et conduit à une augmentation de la mortalité due au SARS-CoV-2 ainsi qu’à une moins bonne prise en charge de l’ensemble des autres pathologies nécessitant des soins, donc à d’autres décès. »

    Certes mais ce qui sature le système de soin et conduit à une augmentation de la mortalité, c’est clairement aussi voire surtout le Macronavirus, donc il est légitime de demander pourquoi la lutte contre ce dernier est menée avec moins de vigueur que celle contre le covid.
    De même un argument lu sur un blog « rassuriste » comparant la mortalité du covid avec celle de la pollution de l’air est monstrueux comme suggestion (« laissons mourir les vieux du covid puisqu’on les laisse mourir de la pollution pour préserver l’économie et notamment l’automobile ») mais est tout à fait légitime comme question (« pourquoi laisse-t’on mourir des dizaines de milliers de gens du fait de la pollution de l’air mais a-t’on bloqué toute l’économie pour éviter une mortalité pas forcément supérieure du fait du covid ? »).

    J’apprécie beaucoup la rigueur avec laquelle vous savez devoir renvoyer à mieux informé lorsqu’un sujet dépasse votre « strict domaine d’expertise ». Donc si votre opinion de citoyenne est aussi légitime que celle de quiconque, vous avez visiblement conscience que ce n’est pas en tant que virologue et médiatrice que vous avez à décider sur ces aspects de la question et vous avez semble-t’il une réticence tout à fait légitime à les aborder.
    Mais justement dans ce cas, comment à votre avis une vulgarisation honnête peut à la fois ne pas se perdre dans des discussions qui relèveraient probablement assez vite du café du commerce, sans pour autant escamoter du débat public ces questions sommes toutes légitimes ?

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    1. Pour répondre de façon synthétique à la question que vous posez en fin de commentaire, la démarche de vulgarisation scientifique ne consiste pas à dire aux gens ce qu’ils doivent penser, ni même à dérouler des arguments. Elle consiste à exposer des faits et des données, accompagnés de leurs contextes et en précisant le degré de certitude associé. Chacun est ensuite libre de se faire sa propre opinion. Une fois qu’on est prêt à admettre que, même en s’appuyant sur des informations identiques, il est tout à fait possible d’avoir des avis différents (pour des raisons morales par exemple, ou parce qu’on priorise des choses différentes), séparer les deux ne présente pas de difficulté.

      Dans une approche plus axée sur la médiation scientifique, c’est-à-dire centrée sur l’idée de dialogue et ne plaçant pas le médiateur en position de supériorité par rapport au public, il est possible d’avoir des échanges laissant plus de place à l’expression des opinions. Mais internet me semble un endroit particulièrement mal adapté à ce type de démarche.

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