Construire des ponts

Musées, associations, centres de sciences, vidéastes, blogueurs, chercheurs… Les acteurs de la culture scientifique française sont nombreux et d’une grande diversité. C’est une force, car plus on a d’approches différentes, plus on s’adresse à des publics aux attentes différentes et plus le nombre de personnes exposées à de la vulgarisation scientifique est grand.

En écrivant la première version de cet article, j’avais commencé à expliquer pourquoi il me parait important que ces différents profils travaillent ensemble plutôt que parallèlement, en particulier dans un contexte de crise sanitaire qui impacte profondément notre quotidien et où scientifique et politique s’emmêlent rapidement. Au bout d’une page et demie de texte, je me suis dit que c’était quand même un peu long… pour une introduction. J’y reviendrai peut-être un jour mais en attendant : les nouvelles règlementations sanitaires imposent de réorganiser le fonctionnement d’un certain nombre de structures de culture scientifique, profitons-en pour mutualiser les compétences !

De façon un peu réductrice, on peut identifier trois profils types parmi les acteurs de la culture scientifique :
• Les institutions classiques (musées, associations, centres de sciences…), qui ont un budget de fonctionnement, une masse salariale, une implantation long terme et parfois des locaux accueillant du public.
• Les vulgarisateurs du web (vidéastes mais aussi blogueurs, dessinateurs, podcasteurs et parfois graphistes), qui ont leurs propres communautés, une très bonne maîtrise des outils numériques de communication et une grande diversité de modèles économiques et de statuts.
• Les experts (chercheurs, médecins…), qui peuvent être des institutions et des individus, ont des connaissances pointues mais sont dans leur grande majorité difficiles à identifier et à solliciter efficacement.

A ces catégories s’ajoutent des profils plus atypiques, comme les indépendants qui ne sont pas rattachés à des institutions mais ne vulgarisent pas en ligne pour autant, les associations regroupant des acteurs de la culture scientifique (comme l’AMCSTI côté institutions classiques ou le Café des sciences côté vulgarisateurs du web), les médias et journalistes scientifiques, qui couplent parfois cette activité à de l’animation, ainsi que de très nombreux pratiquants bénévoles de la vulgarisation, qu’ils agissent à titre individuel ou dans des associations sans modèle économique.

Cette diversité de profils devient une faiblesse quand on essaye de construire des ponts : chaque acteur a ses envies, ses moyens, ses objectifs et son réseau. Pour travailler efficacement ensemble, il faut réussir à se rencontrer et à faire coïncider tout ça. Ce n’est pas évident mais de plus en plus de personnes/structures adoptent aujourd’hui une posture collaborative et travaillent justement à tisser ce genre de liens.

Ce qui m’amène au cœur de cet article : comment profiter de ce second confinement et des contraintes qu’il nous impose pour concevoir et développer des projets ensemble, pour de bon ? Le sujet est vaste et je vais me concentrer sur un point précis, mais avant cela un petit intermède sur les façons dont les experts peuvent prendre toute leur place dans les projets de culture scientifique me paraissait important.

Avis aux spécialistes :
• Si vous faites de la recherche et voulez vous impliquer dans la vulgarisation sans savoir par où commencer, abonnez-vous à la newsletter La Scitoyenne, qui recense notamment des initiatives à rejoindre, et manifestez-vous auprès des structures de cultures scientifiques de votre région. Si ces acteurs savent que cela vous intéresse, ils feront plus volontiers appel à vous pour relire des contenus ou participer à des actions de vulgarisation.
• Si vous voulez monter un projet pour vulgariser votre sujet de recherche, faites vous accompagner pour développer la partie « outreach » de vos demandes de financement dans ce sens. C’est comme ça qu’est né le projet VirEvo, qui m’a donné envie de créer l’association FaScile conseil pour accompagner ce type de démarches.
• N’hésitez pas à signaler que vous avez envie d’aider, des initiatives se montent parfois à partir d’une discussion de machine à café ou d’un tweet (celui-ci est à l’origine du projet KezaCovid, qui a produit une douzaine de contenus originaux de vulgarisation pendant le premier confinement).

A l’inverse, si vous faites de la vulgarisation et que vous voulez traiter un sujet que vous connaissez mal, n’hésitez pas à contacter des experts pour être aidés dans la conception de vos contenus. Au pire ils refuseront ou ne vous répondront pas, ce qui n’est pas très grave, au mieux vous finirez par trouver des collaborateurs fiables !

Astuce 1 : n’écrivez pas uniquement à celles et ceux dont vous voyez déjà passer les noms partout, les plus sollicités sont rarement disponibles. Épluchez les sites des laboratoires, repérez les jeunes chercheurs qui reviennent dans vos sources bibliographiques, cherchez s’ils ont des comptes twitter… Les « perles rares » ne sont pas vraiment rares. Elles sont juste un peu cachées.
Astuce 2 : les personnes susceptibles de vous aider ne sont pas forcément des chercheurs. Elles peuvent aussi être des chercheuses, ou des personnels de recherche au sens plus large (ingénieurs, techniciens, responsables de plateformes techniques…).



Entrons maintenant dans le vif du sujet que je voulais traiter aujourd’hui : comment faire collaborer les structures classiques de culture scientifique et les vulgarisateurs du web ? Une chose me parait fondamentale : l’envie de travailler ensemble est un bon début, mais elle ne fait pas tout. J’ai une longue liste de personnes avec qui je souhaite collaborer (et réciproquement), pour certaines depuis des années, sans que ça ne se soit fait. Simplement parce qu’on attend d’avoir l’idée DU projet sur lequel cette collaboration sera pertinente.

A mon avis, pour créer des ponts, il faut commencer par identifier trois piliers sur lesquels construire des actions robustes : un projet (avec des objectifs précis), des envies/compétences (de chaque partie) et un budget.

Une des limites actuelles à la mise en place de collaborations est que, même si les communications entre eux sont de plus en plus fréquentes, les écosystèmes de la vulgarisation en ligne et des institutions culturelles se connaissent mal. Certains acteurs majeurs sont bien identifiés de part et d’autre, mais il n’existe pas de liste exhaustive des vulgarisateurs du web, détaillant leurs compétences, leurs statuts et leurs disponibilités. Tout comme il n’existe pas de liste exhaustive des institutions de culture scientifique précisant leurs thématiques de prédilection et leur degré d’ouverture à des projets émanant d’acteurs externes.

Si vous êtes vulgarisateur indépendant, il est quand même relativement simple d’identifier les structures de culture scientifique actives dans votre région (par exemple grâce au travail de recensement de l’Ocim). N’hésitez pas à les contacter pour signaler votre existence et votre envie de travailler ensemble, voire à participer à certains événements qu’elles organisent pour vous faire une idée de leur état d’esprit. Se rencontrer reste la première étape nécessaire pour, peut-être, travailler ensemble un jour !

Reste que, dans l’absolu, des recensements exhaustifs seraient utiles. Mais les établir prendrait du temps et demanderait de débloquer un budget dédié. En attendant qu’une structure porte cette initiative, que peut-on faire aujourd’hui pour lancer des projets collaboratifs ?

Le plus évident est sans doute de regarder ce qui se fait déjà et d’en tirer des leçons. Un certain nombre d’institutions ont sollicité des vidéastes, en leur demandant de réaliser des vidéos sur des thématiques fixées à l’avance mais en gardant une certaine liberté créative. Le tout contre rémunération et éventuellement avec mise à disposition de matériel. Ce mode de travail se développe dans le milieu de la culture scientifique, notamment avec le projet des Connecteurs.

En savoir plus sur Les Connecteurs.
Bonus : admirez la petite illusion d’optique sur ce logo recadré. Les recadrages horizontaux sont plats, pas bombés.


Cette démarche a l’avantage de créer des liens en immergeant directement les vidéastes au sein des institutions et elle a mobilisé des créateurs qui n’avaient pour certains que quelques milliers voire centaines d’abonnés. Arrêter de se focaliser sur les « têtes d’affiche » déjà très sollicitées et donner des moyens à des vidéastes talentueux mais n’ayant pas forcément déjà rassemblé de larges communautés me parait très louable !

J’ai cependant du mal à considérer ces résidences de création comme de réelles collaborations. En pratique les institutions fournissent des moyens, imposent une thématique et sélectionnent le projet qui leur plait le plus après avoir mis les créateurs en concurrence les uns avec les autres. C’est une logique de recrutement de prestataires. Ce qui n’a rien d’une insulte, ce mode de fonctionnement a largement fait ses preuves ! Mais ce n’est pas une collaboration sur un projet co-conçu.

L’autre inconvénient de cette approche c’est qu’elle ne s’adresse qu’à une petite partie de la communauté des vulgarisateurs du web. La compétence recherchée par les institutions est la réalisation vidéo. Les blogueurs, dessinateurs, podcasteurs etc sont écartés d’emblée alors que leurs compétences en vulgarisation n’ont rien à envier à celles des vidéastes. La vidéo est généralement privilégiée pour sa visibilité, mais des articles, podcasts ou infographies largement repris sur les réseaux sociaux coûtent moins cher à produire et peuvent aussi toucher beaucoup de monde. Une bande dessinée sur l’origine du SARS-CoV-2 créée pour le collectif KezaCovid, lancé à partir de rien au printemps, a par exemple touché plus de 35 000 personnes sur facebook et 50 000 sur twitter.

Le projet Billes de sciences, porté par La main à la pâte et lancé sur une idée de David Louapre, n’échappe pas à ce deuxième écueil : son objectif est de réaliser des vidéos et il fait donc appel à des vidéastes. En revanche, comme certains vidéastes ont été impliqués très tôt dans sa conception, il n’y a jamais eu de mise en concurrence des vulgarisateurs du web. Le réseau de ceux qui participaient déjà au projet a permis d’identifier des intervenants pertinents sans passer par une étape de sélection.

C’est une piste de réflexion pour coconstruire plus efficacement des projets : à défaut d’avoir une liste d’interlocuteurs préexistante, il est possible de s’adresser directement aux membres de la communauté avec lesquels on est déjà en contact pour qu’ils nous orientent vers des partenaires en adéquation avec le projet qu’on souhaite porter. Une démarche qui fonctionne aussi bien pour une institution à la recherche de vulgarisateurs que pour des vulgarisateurs à la recherche d’une institution pouvant les accompagner dans un projet précis.

Encore faut-il avoir en tête, d’un côté comme de l’autre, les compétences que peuvent apporter les acteurs de la communauté dont on ne fait pas soi-même partie. Je profite donc de cet article pour rappeler que les vulgarisateurs du web ne se contentent pas de maîtriser leur outil d’expression, qu’il s’agisse de rédiger des textes, réaliser des vidéos, enregistrer des podcasts ou créer des dessins ou des infographies. Ils maitrisent aussi les outils de communication en ligne et la communication scientifique en général. Et un certain nombre d’entre eux sont des experts des domaines qu’ils traitent (plus d’un vidéaste culturel sur trois a au moins un master 2 et vulgarise dans son domaine de compétence) qui connaissent bien le milieu de la recherche (1 vidéaste culturel sur 5 travaille ou a travaillé dans l’enseignement supérieur ou la recherche). Source

Cela veut par exemple dire qu’il peut être pertinent de faire appel aux vulgarisateurs du web pour des missions d’ingénierie pédagogique ou de relecture de supports de vulgarisation. Cela fait partie du travail qu’ils ont l’habitude de faire sur leurs propres productions. De même, des vulgarisateurs sachant faire de la bibliographie sur des thématiques très larges puis synthétiser ce contenu en concevant un déroulé pédagogique peuvent avoir un regard intéressant sur la conception d’une exposition, d’un cycle de conférences ou d’ateliers. Leur pertinence ne s’arrête pas à la conception de supports destinés à être partagés en ligne ! Ces compétences peuvent être particulièrement intéressantes pour les structures qui pratiquent la vulgarisation sans que ça ne soit leur activité principale, comme les CPIE.

Ces quelques suggestions donneront peut-être des idées à certains d’entre vous. Vous trouverez ici des exemples concrets de projets développés par La Casemate, à Grenoble, dans cet état d’esprit. Mais il ne serait pas honnête de ma part de finir cet article sans mettre les pieds dans le plat en abordant un dernier point essentiel : pour monter un projet dans un contexte professionnel, il faut le financer.

Source : pxhere.com


Ça parait évident mais force est de constater que ça ne l’est pas tant que ça. J’ai moi-même été contactée il y a seulement quelques jours par un centre de science qui voulait que je conçoive et anime des ateliers que son public pourrait suivre en visioconférence, sans avoir manifestement anticipé le budget à prévoir. Pourtant, un centre de science proposant des animations est a priori bien placé pour savoir combien coûte habituellement la mise en place d’un atelier…

Je ne sais honnêtement pas si ce type de demandes non financées est dû au fait que le bénévolat tient aujourd’hui une large place dans la culture scientifique en France ou si les vulgarisateurs du web ont encore, auprès de certaines institutions, l’image d’amateurs qu’on peut solliciter sans les rémunérer et qui seront déjà très heureux d’être visibles. Des interlocuteurs intéressants quand on manque de budget mais qu’on écarte quand on veut lancer un projet « sérieux ».

Je n’y vois pas de malveillance, simplement une méconnaissance de ce qu’est aujourd’hui devenue la vulgarisation en ligne. Et il faut bien reconnaitre que, même en faisant moi-même partie de cette communauté, ce n’est pas évident de savoir qui considère cette activité comme un loisir, un revenu d’appoint ou un travail à temps plein. Ou qui dispose d’un statut permettant d’être rémunéré sans avoir à mettre en place un contrat salarié. Petite astuce utile : les personnes qui ont un statut d’indépendant et vivent (ou essayent de vivre) de leur activité de vulgarisation ont généralement un site professionnel et une page LinkedIn assez claire là-dessus.

Toujours est-il qu’il est logique de prévoir un budget pour pouvoir faire appel aux compétences de collaborateurs. Or les acteurs de la vulgarisation en ligne sont pour la plupart très contraints sur ce point, avec des modèles économiques en cours de construction et des trésoreries serrées et déjà fléchées. Pour lancer des projets collaboratifs aujourd’hui, il faut être réaliste : cela a plus de chance de déboucher sur quelque chose de concret si le projet en question émane d’une institution. Que ce soit parce que celle-ci a des reliquats budgétaires directement mobilisables ou parce qu’elle a de meilleures chances de succès si elle demande des subventions (étant déjà connue des organismes financeurs et plus habituée à l’exercice).

Il me parait donc assez logique d’imaginer des projets en partant des besoins des institutions, qu’il s’agisse de valoriser en ligne des ressources déjà existantes ou de créer des contenus originaux, à court ou moyen terme. Au-delà de la production de supports numériques (qui sont eux-mêmes loin de se limiter à la réalisation de vidéos ou à l’animation de lives), les vulgarisateurs du web peuvent être mobilisés sur des projets très variés. Leurs compétences pédagogiques et leurs approches parfois peu conventionnelles peuvent vraiment enrichir la démarche d’institutions plus classiques.

L’idéal est à mon avis d’impliquer ces intervenants le plus tôt possible dans la conception du projet, pour qu’ils puissent être force de proposition et réellement devenir partenaires plutôt que prestataires. Si les actions à mettre en place nécessitent d’obtenir de nouvelles subventions (ce qui est très probable, l’arrêt des événements ouverts au public ayant durement pesé sur les finances de nombreuses structures de culture scientifique), les vulgarisateurs du web devraient être identifiés et mobilisés avant la rédaction des dossiers de candidature correspondants. Leurs retours aideraient à affiner le projet et ils pourraient penser à des modes de financements que les institutions, seules, n’auraient pas envisagés.

Tout ça est une synthèse rapide des idées qui me viennent, en tant que vidéaste ayant travaillé comme médiatrice dans plusieurs institutions plus classiques de culture scientifique et m’étant installée à mon compte il y a quelques mois, quand je réfléchis à comment favoriser la collaboration entre vulgarisateurs du web et institutions culturelles. J’espère que cela inspirera d’autres personnes et que des projets de ce genre verront le jour dans les mois qui viennent ! N’hésitez pas à partager vos propres réflexions dans les commentaires de cet article ou à lancer des débats sur twitter.


Merci à Marion Sabourdy pour sa relecture et ses précieuses remarques.



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Entre art et science : les planches

Après un article sur la vulgarisation en BD, un article musique et vulgarisation et plusieurs longs mois beaucoup trop remplis à mon goût qui ne m’ont pas laissé le temps d’écrire la suite, il est temps de redonner vie à ce blog et de clôturer ma série de billets sur les dispositifs art et science en parlant du domaine artistique qui m’est le plus familier : le théâtre.

Il faut être honnête, je risque de manquer un peu d’objectivité sur ce coup : je fais moi-même du théâtre depuis plus de quinze ans. A un déménagement pour suivre mon conjoint près, mon chômage post-thèse aurait pu déboucher sur une inscription au cours Florent plutôt que sur la création de ma chaîne YouTube et l’idée de tout plaquer pour devenir comédienne me trotte toujours dans un coin de la tête.

D’ailleurs, mon tout premier projet de vulgarisation personnel était une pièce de théâtre ! Il me restait à peu près un an et demi avant de finir ma thèse lorsqu’un bâtiment notamment dédié à la vulgarisation scientifique a été inauguré juste à côté de l’institut dans lequel je travaillais : Genopolys. J’y ai découvert la médiation scientifique en faisant écraser des bananes à des élèves de primaire pour la Fête de la science mais j’ai aussi constaté, pendant les conférences d’inauguration, que l’amphithéâtre dans lequel elles avaient lieu ressemblait quand même beaucoup à une salle de théâtre…

Photographies montrant la salle nue et préparée pour une représentation théâtrale.
Photos de l’amphithéâtre de Genopolys, prises pendant la première répétition et pendant la première représentation.


J’ai commencé à discuter de l’idée de monter une pièce de théâtre de vulgarisation dans cette salle avec quelques personnes pour avoir leurs avis, mais sans trop y croire. La dernière année de thèse est rarement le meilleur moment pour se lancer dans un gros projet très chronophage et sans aucun lien avec sa recherche. Mais un des chercheurs avec lequel j’en avais discuté a été emballé par le projet et est allé en parler à tout le monde, y compris le directeur de Genopolys et mon directeur de thèse. Qui ont plutôt apprécié l’idée. Et voilà, c’était lancé, merci Vincent ! (Si tu lis cet article un jour.)

Je me suis alors posé la question qui était le point de départ de cette série d’article : comment réussir un projet art et science ? J’avais bien moins de recul sur cette pratique à l’époque qu’aujourd’hui mais mon avis a finalement assez peu changé. Mon objectif était de monter une pièce de qualité sur le plan artistique et de lui faire porter un message pédagogique intéressant. Mais lequel choisir ?

A alors commencé un travail de recherche du texte qui démarrait mal parce que je ne savais ni ce que je voulais, ni où chercher. Heureusement le coup de foudre a été rapide : la deuxième pièce que j’ai lue à l’époque était La vie de Galilée, de Brecht, et j’ai décidé tout de suite que ce serait celle-là. Une pièce susceptible de durer plus de 3 heures, nécessitant une bonne vingtaine de comédiens au minimum et qui n’était pas (à l’époque) dans le domaine public, c’était vraiment l’idéal pour un projet bénévole et amateur, non ?

Non, en effet. On peut même dire que ça a l’air carrément idiot. Mais le message pédagogique, lui, était parfait. A travers la vie de Galilée, c’est une pièce qui parle du fonctionnement de la recherche, de la démarche d’investigation, de la gestion des institutions, des moyens de s’adresser au grand public et de comment composer avec des autorités déconnectées de la science.

Vous voyez, même en cette année si particulière qu’est 2020, ça marche toujours.

Photo prise pendant une représentation. Galilée échange avec deux professeurs peu commodes.
Photo prise pendant une représentation de la scène 4 de La vie de Galilée. Celui-ci (au centre) essaye d’intéresser à ses découvertes des savants florentins qui se concentrent sur une théorie ancienne pour éviter d’être confrontés à des faits nouveaux.


Mais ce qui m’a surtout attirée c’est la façon dont ce contenu était abordé. Sans jugement, sans manichéisme, sans donner ouvertement tort ou raison à certains protagonistes. En somme, en faisant ce qui est pour moi au cœur de la médiation : donner des éléments d’information et laisser le public se forger sa propre opinion.

Si je prends le temps de vous parler de ce projet avec autant de détails, ce n’est d’ailleurs pas juste parce qu’il me tient à cœur. C’est surtout parce que le texte de Brecht m’a fait découvrir une approche qui permet de donner une grande force à la vulgarisation par le théâtre. Sans rien sacrifier sur le plan artistique, avec des personnages forts et attachants, on peut profiter d’une pièce pour exposer des éléments et susciter des questions chez le public sans y apporter de réponse ferme.

Dans ce cas le public n’est pas passif, il est acteur de sa propre réflexion. J’avais décidé de pousser ça un cran plus loin dans Galilée 2.0 (car c’était le nom du projet). La pièce était intégralement jouée par des personnes liées au milieu de l’enseignement supérieur et de la recherche, y compris le rôle principal, tenu par un comédien professionnel qui donnait aussi des vacations en informatique à l’université. Et chaque représentation était suivie d’un moment d’échange convivial au cours duquel le public pouvait interagir librement avec les comédiens, qui avaient leur propre expérience du fonctionnement de la recherche sur lequel la pièce suscitait des réflexions.


Flyers de Galilée 2.0
Flyers annonçant les représentations de Galilée 2.0 prévues pour la Fête de la science 2014.


L’idée était que le public puisse, à chaud, poser des questions ou partager des raisonnements avec les comédiens, familiers du sujet concerné. Je trouvais ça super mais en pratique ça n’a jamais très bien marché après les représentations de la pièce entière. Et pour cause ! Même en ayant retravaillé le texte pour le raccourcir, le concentrer sur le message qui m’intéressait et pouvoir le jouer avec moins de quinze comédiens, la pièce restait un beau morceau de deux heures.

J’ai eu l’occasion de discuter du fonctionnement de la recherche et de la démarche de notre troupe avec certains spectateurs, mais la plupart d’entre eux avaient surtout envie de complimenter les comédiens sur ce qu’ils venaient de jouer. Ce qui était une forme de réussite, vu le défi que représentait une telle pièce pour une troupe d’amateurs, mais plus sur le plan artistique que sur le plan de la vulgarisation.

En revanche il y a eu plusieurs échanges intéressants après des présentations d’extraits du spectacle, notamment à des lycéens dans le cadre de la Fête de la science. Signe que, si on veut laisser le temps au public de participer après une représentation, il ne faut pas l’assommer avec quelque chose de trop long, même si de bonne qualité !

Il y aurait encore beaucoup à dire sur Galilée 2.0. C’est un projet qui a mobilisé un certain nombre de musiciens pour créer une bande son originale intégralement construite autour d’une mélodie récurrente et qui a donné lieu à une exposition. C’est aussi un projet sur lequel j’ai beaucoup appris puisque je me suis occupée de tout (sauf de monter sur scène pour jouer, partant du principe qu’on ne peut pas diriger efficacement des acteurs et avoir du recul sur une mise en scène en étant soi-même sur scène) : travail du texte, direction artistique mais aussi logistique, recherche de dates, location de matériel, gestion de la régie, recherche et gestion de financements, création de l’intégralité des supports de communication etc.

Coulisses de théâtres où l'on voit des costumes et des accessoires.
Coulisses pendant une représentation de Galilée 2.0.


C’est surtout un projet qui a pris plus d’ampleur que je ne l’avais imaginé car la troupe, montée sans structure particulière à l’époque pour un projet ponctuel, est devenue une association, Galilée 3.0, qui en est à son troisième spectacle ! A défaut d’avoir réussi à engager le public autant que je l’aurais voulu, j’ai au moins la satisfaction d’avoir durablement motivé les comédiens, ce qui n’était pas gagné vu la quantité de travail que je leur ai demandé, encore merci à eux !

Cet article commence à être long, désolée, mais en fait l’essentiel est dit : je trouve qu’il est tout à fait possible de réussir des projets de vulgarisation par le théâtre, mais cela implique de trouver un bon équilibre entre ce qu’on dit et ce qu’on laisse ouvert à réflexion et de ménager un espace pour que le public puisse s’emparer du contenu.

Tout ça est évidemment plus facile à écrire qu’à faire et peut être développé à des degrés différents. Le théâtre forum est un exemple extrême : c’est une démarche plus proche de l’atelier que de la performance artistique, au cours de laquelle le jeu théâtral est utilisé comme un outil pour permettre aux participants d’incarner différents rôles dans des situations liées aux problématiques sur lesquelles on souhaite les faire réfléchir. Comme pour les jeux de débats, la dimension artistique est ici relativement réduite, mais le théâtre devient un puissant outil de médiation grâce auquel le public lui-même s’exprime.

Théâtre antique grec.
Photo du théâtre de Dionysos, à Athènes, préparé pour la représentation d’un opéra.


Entre Galilée 2.0 et ces démarches-là on trouve tout un éventail d’approches, qui répondent à des objectifs différents et ne s’adressent pas aux mêmes publics. L’humour, qui suscite des émotions, est un levier intéressant pour la vulgarisation qui est facile à mobiliser dans le cadre du théâtre. L’approche du stand up est par exemple exploitée de façon très réussie par la troupe du Science Comedy Show, de Toulouse. Je vous laisse apprécier quelques extraits joués pendant l’édition 2018 du forum NIMS : ici et .

Les Vulgaires, à Lille, font carrément créer des saynètes à des chercheurs pour leur cabaret des sciences, avec de super résultats. Et on voit de plus en plus d’endroits proposer des soirées de type « improsciences », mêlant conférences de vulgarisation et théâtre d’improvisation, comme l’Eurêkafé de Toulouse.

Si on embrasse le théâtre dans toute sa diversité, finalement, les soirées Ma thèse en 180 secondes peuvent aussi être considérées comme des initiatives théâtre et science : charge à chaque participant de créer son univers, son scénario et d’ajuster au mieux son contenu scientifique et son charisme sur scène. Dans l’absolu, il y a un peu de théâtre dans chaque conférence donnée face public ou dans les formats de type science show. Même si les médiateurs n’y jouent pas de personnages, ils font appel à des compétences scéniques proches de celles des comédiens.

Enfin, même s’il est difficile d’en profiter à distance, Galilée 2.0 n’est évidemment pas le seul projet à essayer de trouver un équilibre entre vulgarisation et pièce de théâtre. On peut citer Tout le monde descend, une comédie sur l’évolution notamment jouée par Marie-Charlotte Morin, ancienne gagnante de MT180. Ou les spectacles de clowns de science portés par les Atomes Crochus, qui mêlent théâtre et expérimentation.

Il existe même des structures entièrement dédiées à cette approche, comme le théâtre de la Reine Blanche à Paris, la compagnie Comédie des ondes ou la compagnie Cosmo’Note et ses clownférences. Une liste non exhaustive qui donne envie d’explorer les initiatives existantes… et d’en proposer de nouvelles !

Voilà, après des mois d’attente cette série sur les initiatives arts et sciences prend fin, mais rassurez-vous, il y a encore des tas de choses dont j’ai envie de vous parler ici. A bientôt ?



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Entre art et science : les notes

Dans mon dernier article, j’ai partagé quelques réflexions personnelles sur ma vision des dispositifs étiquetés comme « art et science ». Et j’ai été ravie de voir naître des discussions à ce sujet sur twitter, y compris avec des personnes n’ayant pas le même point de vue que moi (parce que les débats entre personnes du même avis c’est confortable mais pas très enrichissant). Si vous voulez que vos remarques puissent être facilement accessibles aux personnes qui liront les articles associés, n’hésitez pas à utiliser l’espace commentaire : il est là pour ça.

J’avais également profité de cet article pour vous recommander des projets art et science que je trouve réussis dans le domaine de la bande dessinée. Aujourd’hui je vous propose une autre thématique qui, attention, risque de vous occuper pendant un moment : la musique !

L’idée n’est pas de vous partager du contenu de vulgarisation concernant la musique (même s’il en existe de grande qualité sur internet, notamment cette vidéo de David Louapre et Vled Tapas sur les mathématiques et la musique) mais bien des œuvres artistiques comprenant une forte dimension pédagogique. Commençons par… des chorégraphies.


Si vous aimez la danse et les sciences, je vous recommande de suivre les résultats du concours annuel « Dance your PhD ».

Organisé depuis 12 ans par le magazine Science et l’Association américaine pour l’avancement des sciences, il s’adresse aux doctorants et jeunes docteurs qui, pour candidater, doivent envoyer au jury la vidéo d’une chorégraphie représentant leurs recherches… dans laquelle il faut qu’ils apparaissent eux-mêmes. Un sacré défi ! Au cas où : l’appel est en cours pour l’édition 2020…

Évidemment, comme dans tout concours, les candidatures sont très différentes les unes des autres. Le niveau de danse et le niveau de vulgarisation varient. Beaucoup des vidéos sont en fait des chorégraphies surtitrées pour expliquer les phénomènes scientifiques représentés mais c’est un format que j’aime beaucoup. D’une part parce qu’il est très humain : le choix de la musique et de la chorégraphie en disent beaucoup sur les jeunes chercheurs participants. Et d’autre part parce qu’il y a des petits bijoux, que ce soit en termes de vulgarisation ou de créativité.

J’aime notamment beaucoup cette vidéo de 2016 représentant la transcription des ARN via la valse, celle-ci sur la réponse immunitaire au cancer et ce bijou sur la théorie des nœuds (avec un lien en description pour aller plus loin sur la partie mathématiques). Je trouve que les trois mêlent efficacement danse et contenu pédagogique. Les messages passés ne sont pas forcément très compliqués, mais on s’en souvient et, pour la troisième, on récupère un peu de vocabulaire au passage.

Ce qui me plait globalement dans ce concours c’est qu’il y en a vraiment pour tous les goûts, avec des performances très narratives (ici ou ), d’autres clairement axées sur l’incarnation de molécules ou de cellules (ici ou ) et d’autres qui mêlent les deux (comme ici).
 
D’ailleurs, quitte à avoir à nouveau passé quelques heures à me perdre sur YouTube, je profite honteusement de ce billet pour partager des vidéos que j’aime même si leur contenu en terme de vulgarisation n’est pas forcément énorme : celle-ci, qui place la barre « talent caché de doctorant » très très haut (oui, la doctorante et la danseuse sont une seule et même personne) et celle-ci, dont je trouve les costumes et les attitudes merveilleux.

Et je vous propose de terminer en beauté avec cette magnifique comédie musicale en mode swing sur les supraconducteurs, qui, en plus d’être très pédagogue fait une parfaite transition pour aborder la vulgarisation en chansons !


Il y a quelques incontournables dans la catégorie des chansons scientifiques. Les plus biologistes d’entre vous penseront peut-être à deux vieilles publicités de Bio-Rad, pour une machine et un mix à PCR. L’effort de vulgarisation n’est pas énorme parce que ces vidéos s’adressent à un public qui connait déjà la thématique, mais force est de constater qu’il y a du contenu.

Plus récent, plus éclectique et plus pédagogue (mais toujours aussi anglophone), il y a la chaîne A capella science qui, comme son nom l’indique, a pris le parti de vulgariser en chanson ET en faisant tous les instruments a capella. Si vous ne connaissez pas déjà, prenez quelques minutes pour découvrir, mais je ne garantis pas que vous puissiez retourner à une activité normale après la première vidéo. Et si vous connaissez déjà, soyons honnête, vous allez sans doute aller écouter une chanson quand même pour le plaisir !

Mes deux vidéos préférées : CRISPR-Cas9 sur l’air de Mr Sandman (elle reste dans la tête par contre, je vous aurai prévenus) et un topo sur l’entropie sur un air de Billy Joël qui est une vraie prouesse de réalisation vidéo, je vous invite à jeter un coup d’œil au making of.

Mais nous venons à peine d’entrebâiller la porte, car il y a énormément de chansons liées aux sciences sur internet. Parmi les incontournables on peut citer la chaîne ASAP science, qui produit différents formats de vidéos de vulgarisation, dont des chansons rassemblées dans une playlist pas tout à fait à jour. En cette période de fin d’année, je recommande notamment leurs chants de Noël scientifiques !

Ils sont également à l’origine de la chanson « Science never goes out of style », qui valorise les sciences et la recherche, et d’un morceau sur les consignes de sécurité dans un laboratoire (il y a beaucoup de parodies de chansons abordant la recherche et son fonctionnement, je n’en parlerai pas aujourd’hui en dehors de cette petite exception parce que ce n’est pas vraiment de la vulgarisation, mais manifestez-vous si ça vous intéresse).


Si vous n’êtes pas anglophone, vous commencez peut-être à vous lasser de ces recommandations incompréhensibles. Il faut dire que les chansons de sciences sont beaucoup moins nombreuses en français qu’en anglais mais il en existe quand même quelques-unes qui valent le détour !

Je pense notamment à l’adaptation française des « Epic Rap Battles of History » (parmi lesquels on trouve parfois de la science aussi) par la chaîne du Lab3 : les batailles de rap épiques de biologie ! Ici un duel sans merci entre les requins et les dauphins.

La chaîne de vulgarisation de l’esprit critique La tronche en biais a pour sa part le bon goût de compter parmi ses membres un musicien de talent (Vled Tapas, déjà mentionné en début d’article et dont vous trouverez le travail musical ici). On y retrouve donc deux chansons composées spécialement pour la chaîne et qui font l’éloge de l’esprit critique : J’ai comme un doute et L’esprit ouvert.

Force est de constater qu’en dehors de ces deux exemples, la vulgarisation chantée francophone est rare. Droupix, un Docteur en neurosciences devenu journaliste scientifique, avait lancé sa chaîne avec des chansons servant d’introduction à des articles de vulgarisation, mais il a a priori arrêté ce format depuis.

En revanche, si on s’écarte un tout petit peu de la vulgarisation pour s’intéresser à l’enseignement, on trouve à nouveau de super initiatives !

J’aime beaucoup Issaba, un rappeur et professeur de mathématiques qui propose des cours de maths rappés et fait intervenir ses élèves dans les clips qu’il met en ligne. Dans le même esprit, on peut citer Mélix SVT qui a toute une playlist de révisions en chansons pour les lycéens.

Enfin, toujours pour réviser même si non réalisées par des enseignants, les trois vidéos de Rap Philo de PV Nova et Cyrus North ont rencontré un beau succès (vidéo 1, vidéo 2, vidéo 3).


Si vous connaissez d’autres chansons scientifiques francophones faites-moi signe, on n’en a jamais assez ! D’ailleurs, si vous commencez à vous perdre sur YouTube, cet article peut vous occuper quelques heures sans difficulté (c’est du vécu). La prochaine fois on clôturera vraisemblablement cette série sur les dispositifs art et science avec une réflexion sur le théâtre et les jeux à vocation pédagogique.

Bonnes fêtes à toutes et à tous d’ici là !



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Entre art et science : les bulles

La chaîne Le Mock a récemment mis en ligne une vidéo très intéressante à propos de l’évolution de la vulgarisation sur YouTube. Réalisée dans le cadre d’une résidence de création organisée au Quai des savoirs, celle-ci donne la parole à plusieurs vidéastes vulgarisateurs qui partagent leurs expériences et leurs réflexions.

Parmi eux se trouve Clothilde Chamussy, créatrice de la chaîne Passé Sauvage, qui, à 18’05, fait cette remarque qui m’a accrochée l’oreille : « La vulgarisation ça se place au milieu, entre l’activité artistique et l’activité de recherche. »

En tant que fille d’un auteur compositeur interprète et d’une danseuse devenue plasticienne puis graphiste, m’étant moi-même essayée avec plus ou moins de succès au piano, au violon, à la danse, au chant et au théâtre et ayant voulu me professionnaliser dans la recherche avant d’opter pour la vulgarisation… je dois dire que ça me parle !

En y réfléchissant il y a sans doute un parallèle à faire entre ma nette préférence artistique pour la pratique du théâtre, qui n’a de sens que présenté sur scène, et mon attirance pour le contact direct du public en tant que vulgarisatrice. Avec dans les deux cas l’envie d’aller bidouiller les rouages en coulisses, que ce soit en faisant de la mise en scène ou en gérant des projets de médiation.

Mais on s’écarte du sujet que je voulais aborder aujourd’hui ! Car la réflexion de Clothilde m’a aussi rappelé les nombreuses initiatives qui essayent de mêler harmonieusement l’art et la science, qu’on regroupe généralement sous l’appellation « art et science » et qui, pourtant, ne sont pas toujours des exemples de vulgarisation réussie.

Image issue d’une expérience.

Mes goûts personnels font que je suis très attirée par ce type de projets, et je suis généralement déçue. Sans doute parce que je suis exigeante : j’attends d’un dispositif art et science qu’il mette ces deux facettes à égalité, ce qui constitue un équilibre délicat et difficile à atteindre.

Dans la majorité de ce que j’ai pu voir, la science avait servi de source d’inspiration à l’art mais le rendu était essentiellement artistique, sans explication permettant d’y ajouter une dimension pédagogique. Ce type d’œuvre reste évidemment intéressant, et certaines de celles que j’ai vues m’auraient sans doute beaucoup plus enthousiasmée si elles ne m’avaient pas été présentées avec l’étiquette « art et science ». Mais je les trouve terriblement frustrantes : j’ai toujours envie d’en savoir plus sur la science à l’origine de l’œuvre.

A l’inverse, mais c’est plus rare ou en tous cas moins mis en valeur, j’ai aussi vu des projets art et science dans lesquels la dimension pédagogique était très présente mais le rendu artistique plutôt brouillon. C’était souvent des initiatives portées par des chercheurs ou des laboratoires, et à titre personnel je les trouve plus intéressantes que celles dans lesquelles l’art a pris le pas sur la science. Essentiellement parce que dans le premier cas il suffirait de retravailler un peu les finitions pour obtenir un résultat équilibré entre art et pédagogie alors que dans le second cas l’entièreté de l’œuvre serait généralement à repenser pour pouvoir y inclure du contenu scientifique intelligible par le public.

Mais assez critiqué ! Souligner les problèmes récurrents n’est qu’une façon parmi d’autres de trouver des pistes d’amélioration. On peut aussi mettre en valeur les projets qui fonctionnent bien et essayer d’en tirer des leçons. Je vous propose donc une petite sélection d’initiatives art et science que je trouve réussies et j’en profite pour dire qu’évidemment, tout ceci, critiques négatives comme positives, dépend nécessairement des goûts et des attentes de chacun.

Quelques bulles issues d’une expérience.

En préparant ce billet je me suis rendu compte qu’en fait il y a énormément de dispositifs art et science que j’apprécie, ce qui a eu deux conséquences. La première a été de me décider à séparer ce qui devait ne constituer qu’un article en une série de recommandations thématiques, et la seconde de me faire un peu revenir sur mon pessimisme initial.

Il est finalement faux de dire que la majorité des projets art et science que j’ai vus étaient décevants. Mais la plupart de ceux qui m’ont convaincue ont un point commun : ils ne revendiquent pas l’étiquette « art et science » et je n’ai donc pas pensé à eux tout de suite quand j’ai commencé à réfléchir à ce sujet.

Est-ce parce que les personnes (ou groupes de personnes) les mieux placées pour allier talent artistique et talent de vulgarisation trouvent ça tellement naturel qu’elles ne pensent pas à identifier explicitement cette démarche ? Parce que beaucoup de ces initiatives sont plutôt détachées du milieu de la culture scientifique, où est généralement utilisée l’appellation « art et science » ? Je n’en sais honnêtement rien et je serai ravie de découvrir vos réflexions à ce sujet !

Mais, puisque les projets réussis sont en fait nombreux et cet article déjà assez long, entamons les recommandations ! Mes critères personnels pour considérer un dispositif art et science comme réussi sont les suivants :
– le rendu artistique est bon (ce critère à lui seul explose déjà tous les compteurs possibles de subjectivité, désolée, mais ça arrive vite quand on parle d’art)
– du contenu scientifique est transmis au public
– ce contenu est fiable
– ce contenu est intelligible
Si cela correspond à votre propre grille de lecture, les projets qui m’ont plu devraient vous plaire aussi !

Comme nous nous apprêtons à entamer 2020, l’année de la bande dessinée, j’ai choisi de commencer mes partages par cette discipline-là. Elle fournit de nombreuses initiatives art et science de qualité, certaines étant gratuites et accessibles en ligne, d’autres susceptibles de faire de beaux cadeaux de Noël.

Logo de l’opération 2020 année de la bande dessinée

Une des grandes références « sciences et BD » est incontestablement Marion Montaigne et notamment son blog Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même !). Depuis plusieurs années son Professeur Moustache y vulgarise des sujets de toutes les disciplines, avec une bonne dose d’humour et pas mal d’histoire des sciences. En plus des planches en ligne, ce blog a donné lieu à 5 bandes dessinées et à une série de vidéos, il y en a pour tous les goûts.
Marion Montaigne est également l’autrice de la bande dessinée « Dans la combi de Thomas Pesquet », qui retrace le parcours de notre astronaute national avec, comme à son habitude, plus de sincérité que de glamour. Et ça fait du bien !

Dans les exemples de BD de vulgarisation très réussies, on peut également citer l’intégralité de la collection Octopus, lancée relativement récemment. De l’exploration martienne à la philosophie, elle ouvre ses pages à des créateurs différents pour chaque ouvrage avec plusieurs binômes dessinateur/vulgarisateur de qualité.

Parmi mes coups de cœurs personnels se trouvent aussi la série Histoires extraordinaires & sources d’étonnement, scénarisée par Patrick Baud aka Axolot, Economix, une histoire très touffue de l’économie, ainsi que les ouvrages réalisés par Peb & Fox à partir de portraits de doctorants. C’est-à-dire Sciences en bulles, livre édité pour la Fête de la science 2019 et téléchargeable gratuitement sur internet, et Ma thèse en 2 planches, reprenant 33 portraits de doctorants ayant participé au concours Ma thèse en 180 secondes à l’Université de Lorraine.

Si vous voulez aller plus loin dans votre exploration du monde de la recherche par la bande dessinée, vous pouvez pousser les portes d’un laboratoire et aller découvrir Material & Methods ! Ce manga, créé et autoédité par une Docteure en biologie (dont vous avez déjà vu au moins un dessin si vous avez regardé l’en-tête de ce site) suit un nouvel arrivant dans le milieu de la recherche et aborde aussi bien le fonctionnement des laboratoires que la biologie moléculaire. Si vous voulez voir ce que ça donne c’est facile : les deux premiers tomes sont consultables gratuitement en ligne.

Enfin, si la recherche vous intéresse mais que votre truc c’est le terrain plutôt que la paillasse, je vous recommande chaudement Les mésaventuriers de la science. Un livre aussi intéressant que son histoire ! Car tout a commencé par l’apparition du hashtag #FieldWorkFail sur twitter, via lequel des chercheurs partageaient des anecdotes de situations compliquées voire d’énormes ratés arrivés sur le terrain pendant leurs travaux de recherche. Parmi les personnes qui ont trouvé ce contenu aussi hilarant qu’inspirant, il y a eu Jim Jourdane, un dessinateur qui a commencé à illustrer une partie de ces histoires (certains dessins sont d’ailleurs accessibles en ligne). Finalement, le succès rencontré auprès du public a donné lieu à la publication d’un livre qui a sa place dans toutes les bonnes bibliothèques !

Voilà déjà une bonne liste de bandes dessinées alliant efficacement art et science, mais je suis sûre qu’elle n’est pas exhaustive. N’hésitez pas à partager vos propres recommandations en commentaires ! De mon côté je vais m’arrêter là pour aujourd’hui et je vous donne rendez-vous au prochain billet… pour parler de vulgarisation par la danse et la chanson.



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Hello world

Nous sommes fin 2019 et je viens de créer un blog. Parce que qu’en cette ère du « tout numérique », il me paraissait essentiel de rester à la pointe de la modernité !

Ou plus sérieusement parce qu’il y a pas mal de choses que j’ai envie de raconter mais que mon compte twitter ou ma chaîne Youtube ne me paraissent pas les bons endroits pour cela.

Je me suis un peu retourné le cerveau pour savoir par quoi commencer. Fallait-il lancer ce blog avec un article polémique suscitant le débat pour attirer du public ? Avec un partage d’expérience invitant d’autres professionnels de la culture scientifique à s’exprimer ? Avec une critique de livre, d’expo ou autre dispositif de vulgarisation ? Parler de quelque chose que j’ai vécu récemment ou replonger dans des faits plus anciens mais peut-être plus intéressants ?

J’ai décidé de faire les choses dans l’ordre (et de repousser cette décision, soyons honnête) en consacrant ce premier article à une petite présentation !

Si vous ne me connaissez pas : bonjour, je m’appelle Tania Louis, j’ai fait un Doctorat en biologie cellulaire dans une vie antérieure et je suis désormais médiatrice scientifique et conceptrice de contenus pédagogiques. J’aime les virus, l’histoire des sciences, le théâtre et tester de nouveaux outils de vulgarisation. Si vous voulez en savoir plus sur moi, vous pouvez aller faire un tour sur mon site professionnel.

Je préfère ne pas trop m’avancer sur ce que vous pourrez trouver sur ce blog, il va sans doute falloir un peu de temps pour que la ligne éditoriale se stabilise. Mais l’idée générale est de parler de diffusion de la culture scientifique et de partager mes expériences et réflexions dans ce domaine.

Aventure à suivre, donc !

PS : pour les plus impatients d’entre vous, j’ai déjà écrit, il y a un certain temps, deux articles publiés sur la plateforme Echosciences. Si cette introduction vous frustre et que vous espériez un peu plus de contenu à vous mettre sous la dent, vous les trouverez ici :
Amener un groupe dans un centre de sciences : 6 conseils pour que tout se passe bien
Trois vidéos indispensables si vous diffusez des informations scientifiques !



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Travail avec des chercheurs

M’étant orientée vers la culture scientifique après un Doctorat et trois ans de mission complémentaire d’enseignement à l’Université, je connais bien le milieu de la Recherche et j’ai eu de nombreuses interactions avec des chercheurs, à qui je propose notamment des formations. Sont évoqués sur cette page mes projets les plus pertinents en terme de diffusion des savoirs auprès du grand public.

L’objectif global de mon travail au sein du Cercle FSER était d’accompagner les personnels de recherche pour les inciter à s’impliquer dans des actions de culture scientifique. J’en ai ainsi mobilisé plusieurs dizaines pour les faire participer à La bio au labo (plus d’informations ici) et plusieurs centaines pour les faire participer à Declics 2017 (plus d’informations ).
Dans les deux cas j’ai eu à cœur d’avoir des panels d’intervenants paritaires en terme de genres mais aussi en terme de statuts (Declics 2017 a ainsi mobilisé 28% de doctorants, 17% de post-doctorants, 16% de chargés de recherche, 15% d’ITA, 12% de directeurs de recherche et 7% de maîtres de conférence).

J’ai été sollicitée par le Dr Sébastian Lequime, aujourd’hui responsable d’une équipe de recherche à l’Université de Groningue, pour concevoir avec lui un projet de vulgarisation de son domaine de recherche dans le cadre du dépôt d’une demande pour un financement post-doctoral.
Nous avons imaginé un triptyque de vidéos animées exposant les fondements de l’épidémiologie moléculaire et produites en plusieurs langues (français et anglais). Le financement correspondant ayant été obtenu, ces vidéos ont été réalisées et sont consultables en ligne.

Souhaitant renouveler ce type de projets permettant de mettre ma connaissance de l’écosystème de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche au service de l’implication des personnels concernés dans des actions de culture scientifique, j’ai créé la structure de conseil FaScile.
Initialement pensée pour les chercheurs elle peut être sollicitée par toute personne souhaitant être accompagnée dans la conception ou la réalisation d’un projet de diffusion des savoirs.



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Public scolaire

Mon expérience en vulgarisation, ma connaissance du public scolaire et des contraintes des enseignants ainsi que mes compétences scientifiques me permettent de relire et d’organiser efficacement des contenus pédagogiques destinés à préparer des interventions en classe.
J’ai notamment mis cette expertise au service de structures reconnues dans le monde enseignant comme La main à la pâte et Les Savanturiers, pour lesquelles j’ai relu et structuré des dossiers pédagogiques.

En plus de nombreuses interventions ponctuelles en classe en tant que médiatrice (maternelles et primaires), j’ai eu l’occasion de travailler sur deux projets à long terme lorsque j’étais salariée du Groupe TRACES :
– J’ai amené des élèves de CM1/CM2 dans des musées de science et je leur ai fait rencontrer des chercheurs puis travailler sur un rendu écrit dans le cadre du projet d’initiation au journalisme « Jeunes reporters scientifiques », soutenu par le dispositif Classe à Paris.
– J’ai co-animé 10 séances mêlant théâtre et science, avec des collégiens, pour mettre en place le projet PERFORM (en savoir plus dans la rubrique Théâtre et culture scientifique).

J’ai également travaillé directement avec des enseignants et autres personnels de l’éducation nationale (Proviseurs, Recteurs, services de rectorats…), notamment pour mettre en place la session 2017 de l’action Declics (Dialogues Entre Chercheurs et Lycéens pour les Intéresser à la Construction des Savoirs), portée par le Cercle FSER. Cette opération a permis de faire rencontrer des chercheurs à près de 3000 lycéens (en savoir plus dans la rubrique Organisation d’événements).



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Théâtre et culture scientifique

Inspirée par l’agencement de l’amphithéâtre de Genopolys, lieu de culture scientifique inauguré fin 2013 à côté du laboratoire où je faisais ma thèse, j’y ai mis en place une pièce de théâtre évoquant la démarche scientifique et la place de la recherche dans la société. Galilée 2.0 était une adaptation de La vie de Galilée, de Bertolt Brecht, jouée par 14 comédiens issus du milieu de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.
Ce spectacle a été présenté 9 fois, notamment au congrès international Science & You 2015 et a donné lieu à une exposition à l’espace jeunesse de la mairie de Montpellier. Il a finalement débouché sur la création de la compagnie Galilée 3.0 qui prépare actuellement un nouveau spectacle, toujours à Genopolys.
Au delà des aspects artistiques (travail du texte, mise en scène, direction d’acteurs, création d’une bande son originale) j’ai géré toute la logistique de ce projet (planification, organisation des représentations, recherche de financements, communication, partenariats…).

Dans le cadre de mon contrat avec le Groupe TRACES, j’ai co-animé avec une comédienne une série de séances à destination de collégiens visant à leur faire appréhender les sciences par le prisme du théâtre.
Ces interventions faisaient partie de la mise en place du projet européen de recherche-action PERFORM. L’objectif était de proposer des outils pédagogiques aux élèves pour les aider à construire le contenu d’un spectacle que nous avons progressivement créé à partir d’exercices théâtraux. Une représentation devant leurs familles et d’autres élèves du collège a clôturé le projet.



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Organisation d’événements

En tant que vidéaste vulgarisatrice, je fais partie du Café des sciences : une association regroupant des créateurs de contenu vulgarisé sur internet. C’est à ce titre que j’ai co-organisé le premier festival présentant l’envers du décor de la réalisation de vidéos pédagogiques : le festival Vidéosciences, qui a eu lieu en janvier 2017 au Carrefour Numérique de la Cité des sciences.
La programmation comprenait 5 conférences, 9 tables-rondes, une soirée thématique et 13 ateliers pratiques.

J’ai organisé pour le Cercle FSER la session 2017 de l’opération Declics (Dialogues Entre Chercheurs et Lycéens pour les Intéresser à la Construction des Savoirs). Declics consiste à faire venir des personnels de recherche dans les lycées pour échanger de façon directe et personnelle avec les élèves dans un format de speed-meeting. En une heure et demie chaque lycéen rencontre ainsi 7 chercheurs.
En 2017 plus de 600 personnels de recherche (dont 53% de femmes et 12% d’anglophones) sont allés à la rencontre d’environ 3000 lycéens dans plus de 13 villes (52 lycées). Chacune des 57 rencontres organisées a donné lieu à une évaluation auprès de tous les participants (élèves, enseignants et chercheurs).

J’ai été membre active de l’association CBS2, l’association de doctorants liée à mon école doctorale de rattachement, pendant mes trois années de thèse. J’y ai notamment co-organisé trois rencontres annuelles rassemblant entre 100 et 250 doctorants et se déroulant majoritairement en anglais : les journées CBS2.
Je m’y suis impliquée en tant qu’administratrice en 2013, en tant que vice-présidente chargée de communication en 2014 et en tant que trésorière en 2015.



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Conception de dispositifs ludiques

Dans le cadre d’une formation à la médiation scientifique par les jeux de plateau, organisée en 2015 par l’Université de Lorraine, j’ai co-conçu un jeu à partir des travaux de la chercheuse en ethnologie Emmanuelle Simon. Son travail sur les problèmes d’infertilité en Afrique nous a inspiré Baby BOUM, qui utilise l’humour noir pour dédramatiser un sujet délicat et faire passer des messages pédagogiques. Le succès obtenu lors des sessions de test qui ont eu lieu pendant le colloque international Science & You a motivé une association locale, qui a repris le projet pour concevoir de vraies boîtes de jeu, réalisées et vendues via un financement participatif.

J’ai co-conçu un escape game pédagogique pour l’association Délires d’encre, dans le cadre d’une initiative pour donner plus de visibilité au livre édité à l’occasion de la Fête de la Science 2019. Sur le même principe que Panique dans la bibliothèque, sorti pour la Fête de la Science 2018, Recherche à risque est un escape game disponible en téléchargement gratuit sous la forme de ressources clé en main permettant à chaque bibliothécaire de le mettre en place dans son établissement.
Conçu pour mettre en valeur des portraits de doctorants, le scénario souligne les différentes étapes d’une démarche scientifique et le jeu sera suivi de séances de débriefing permettant de renforcer son impact pédagogique.



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