Bilan personnel de 2020

Le début d’une nouvelle année est souvent l’occasion de faire des projets. Mais en ce moment j’ai plutôt envie de regarder un peu vers l’arrière et de faire un bilan, dont certains points me paraissent intéressants à partager ici.

2020 devait être une année particulière pour moi. Après avoir passé plusieurs années à jongler de CDD en CDD dans différentes structures de culture scientifique, j’avais décidé de me lancer dans une nouvelle aventure. La petite entreprise que j’avais créée en 2016 pour pouvoir facturer des prestations ponctuelles allait devenir non plus un bonus, mais mon activité principale. Fini le salariat, bienvenue l’indépendance !

Le plan était de lancer cette activité tranquillement, en démarchant des clients potentiels pendant la première moitié de l’année, avec comme objectif d’avoir assez de missions pour gagner ma vie à partir de la rentrée de septembre. D’ici-là, j’avais de quoi m’occuper : il fallait que je rende le manuscrit de La folle histoire des virus avant la fin du printemps.

Avec un livre à écrire et une entreprise à lancer, 2020 s’annonçait bien remplie. En cas de temps libre, j’avais aussi une association à créer pour accompagner les chercheurs souhaitant monter des projets de médiation. Et puis…

Lien du tweet : https://twitter.com/SciTania/status/1213937807061852161


Je pense que je n’oublierai jamais la première fois où j’ai entendu parler de ce qui est aujourd’hui une pandémie de Covid19. Le matin du premier janvier 2020, ayant dormi chez des amis après le réveillon, je traînais au lit avant de me lever en parcourant twitter et j’ai vu passer un article sur une « mystérieuse épidémie en Chine ». Mon téléphone en carton ne me permettant pas d’ouvrir l’article en question, je l’ai mis de côté pour le lire plus tard et j’ai continué ma journée. Le 5 janvier, j’ai lu l’article, je l’ai partagé (avec une petite blague) et j’ai commencé à surveiller les données disponibles.

Je ne savais pas que ce tourbillon informationnel durerait plus d’un an.

Je suis virologue de formation, le sujet m’a intéressée tout de suite. Il y avait énormément d’incertitudes mais des découvertes ont aussi été faites très rapidement : avant la mi-janvier, on connaissait déjà la séquence du génome du virus responsable de ces mystérieuses pneumonies ! Un coronavirus, proche du SARS-CoV-1 qui avait causé le SRAS en 2002-2003, et qu’on appelait alors « nCoV », pour « nouveau coronavirus », en attendant un baptême plus formel.

Je devais intervenir dans La méthode scientifique du vendredi 24 janvier et on se demandait, l’équipe et moi, s’il y avait assez d’informations sur ce nouveau virus pour que j’en fasse mon sujet. Deux jours avant l’émission, on a décidé que oui… Et l’émission a finalement été annulée dans le cadre des grèves à Radio France (qui se cumulaient à l’époque avec celles de la SNCF, vous vous souvenez des grèves de janvier 2020 ?). Le 23 janvier. Date de l’annonce du confinement à Wuhan.

Comme il y avait à l’époque assez peu de contenu francophone vulgarisé et robuste scientifiquement sur ce nouveau virus, ça me paraissait dommage de ne pas partager les résultats de mon travail de veille. J’ai donc lancé un hashtag et proposé aux personnes intéressées de me poser leurs questions sur twitter pour préparer une vidéo de réponse.

Lien du tweet : https://twitter.com/SciTania/status/1220393435691208704


Le samedi 25 janvier j’ai tourné cette vidéo… avant d’aller à un concert (j’attends encore le suivant). Le 27 janvier je l’ai mise en ligne. Sans savoir qu’elle allait entraîner une perte totale de contrôle de mon emploi du temps.

Car cette vidéo et ce qui a suivi ont constitué ma principale leçon de 2020. Une leçon utile qui est une des raisons pour lesquelles je voulais partager ici mon bilan de l’année écoulée. Peut-être que vous la trouverez ridicule, peut-être que vous la trouverez évidente. Personnellement elle m’a quasiment coûté un burn out et elle a changé mon quotidien.

Fin janvier 2020, j’avais une communauté de taille non négligeable mais raisonnable. Un peu plus de 10 000 abonnés sur YouTube, un peu moins que ça sur twitter. Je ne connaissais pas toutes ces personnes, évidemment, mais les interactions étaient globalement sympathiques et donnaient lieu à des échanges constructifs et intéressants. Et puis, au lieu de faire quelques milliers de vues comme mes vidéos habituelles, celle sur le coronavirus a rapidement dépassé les 100 000 puis les 150 000 vues.

Soucieuse d’apporter des informations fiables à ces nouvelles personnes avides de comprendre ce qui se passait, j’ai lu tous les commentaires postés sur la vidéo. J’ai élargi la veille que je faisais déjà pour répondre aux questions. J’ai expliqué des concepts de biologie mal connus ou compris de travers. J’ai cherché des sources pour chiffrer des phénomènes auxquels je ne m’étais pas intéressée jusque-là. J’ai mis à jour le commentaire épinglé sous la vidéo pour que les spectateurs aient facilement accès aux dernières informations importantes (et ce jusqu’à début mars… quand j’ai atteint la taille maximum d’un commentaire sur YouTube et qu’il m’est devenu impossible d’y ajouter du contenu sans en supprimer).

Ces nouvelles sollicitations ont finalement atteint twitter, où j’ai temporairement changé les paramètres de mes notifications pour éviter qu’elles n’arrivent en continu. Chaque matin, je découvrais des questions de plus en plus nombreuses dans mes mentions et dans mes messages privés. Voire dans ma boîte mail. Fin février, j’ai fini par créer une page centralisant les ressources qui me paraissaient pertinentes sur le coronavirus, pour que les personnes intéressées puissent les retrouver facilement… mais aussi pour ne pas les perdre moi-même, puisque mon compte twitter était noyé sous les notifications et les choses « à lire » mises de côté.

Fin janvier je travaillais tranquillement sur le manuscrit de La folle histoire des virus, en me réjouissant de recevoir quelques sollicitations de clients qui me permettaient de gagner ma vie en tant qu’indépendante un peu plus rapidement que prévu. Mi-mars, suffisamment progressivement pour que je ne perçoive pas le glissement, mes journées étaient devenues ingérables.


Si vous vous êtes investi(e) dans la vulgarisation autour de la crise sanitaire actuelle, ces sentiments vous paraissent sans doute familiers. C’est pour ça que je voulais partager ce témoignage.

La particularité de mon cas personnel est que cette avalanche a commencé dès février. Mi-mars, l’annonce de ce qu’on peut désormais appeler le premier confinement a séparé les français en deux catégories. Ceux dont le travail est devenu moins urgent voire a été bloqué, qui se sont retrouvés avec beaucoup de temps libre à occuper. Et ceux qui ont dû gérer une surcharge de travail imprévue. De mon côté, j’étais déjà dans la seconde catégorie depuis plusieurs semaines quand le confinement a démarré et je pensais naïvement que ça ne changerait pas grand-chose à ma situation… Erreur !

Comme tout le monde, mes loisirs ont été stoppés brutalement. Ce qui a impacté mon moral. Mais en plus de ça, les sollicitations que je recevais ont explosé.

D’une part parce que plus de personnes se sont retrouvées avec du temps à tuer et une forte envie de comprendre ce qui se passait. J’ai donc reçu encore plus de questions quotidiennes sur les réseaux sociaux. D’autre part parce que la crise sanitaire est devenue LE sujet central des médias. Les personnes qui s’étaient intéressées au sujet ou qui avaient des compétences en lien avec les domaines scientifiques concernés sont devenues beaucoup plus intéressantes pour les journalistes. Et, toutes les interventions se faisant désormais à distance, mon statut de provinciale n’était plus du tout un problème. Les sollicitations médiatiques se sont donc ajoutées au reste. J’y ai au départ répondu avec plaisir, considérant qu’il était important de faire de la vulgarisation sur un sujet qui touchait aussi profondément nos quotidiens tout en faisant appel à des notions scientifiques mal connues des non spécialistes.

Entre le temps passé à faire de la veille, le temps passé à vulgariser volontairement les choses qui me paraissaient importantes, le temps passé à lire/répondre aux questions du public et le temps passé à répondre aux demandes des journalistes et vulgarisateurs qui sollicitaient ma double expertise de virologue et de médiatrice, mes journées étaient remplies. Soirées et week-end inclus. J’arrivais encore à dégager du temps pour les quelques missions rémunérées qui me permettaient de gagner ma vie (la quasi-totalité de mon activité autour du coronavirus était et est toujours bénévole) mais il devenait difficile de libérer les longues plages horaires dont j’avais besoin pour me concentrer sur l’écriture de La folle histoire des virus.

A un moment donné, je me suis rendu compte que j’étais en train de m’approcher dangereusement du burn out. Il était grand temps de lever le pied et de me protéger.

J’ai commencé par refuser les sollicitations de la plupart des journalistes, ce qui n’a pas été très difficile. Je n’ai aucune envie de notoriété (sinon j’aurais publié des vidéos hebdomadaires un peu provocantes chaque semaine depuis février) et j’ai vite été gênée par certaines pratiques courantes dans ce milieu, que je ne détaillerai pas ici parce que ce n’est pas le sujet de cet article. J’y reviendrai peut-être dans un billet plus général mentionnant aussi la promotion de La folle histoire des virus.

Il a été plus difficile de réussir à me dégager des vrais moments de pause. L’aide de mon conjoint (et du jeu Terraforming Mars) a été assez efficace pour arriver à ne plus travailler les week-ends. Pour les soirées… Disons qu’il me reste une marge de progression.

Mais le plus compliqué a été d’apprendre à ne plus me sentir obligée de répondre à toutes les questions et sollicitations que je recevais sur les réseaux sociaux. Mes comptes sur twitter et YouTube étant destinés à faire de la vulgarisation, je les avais toujours gérés avec en tête l’idée d’être au service du public intéressé. Sans compter qu’il s’agissait d’informer sur un sujet important, concernant tout le monde, en lien direct avec mon expertise scientifique et sur lequel, à l’époque, peu de personnes produisaient du contenu vulgarisé francophone. Je me sentais bien placée pour le faire et un peu responsable de cette mission.

C’était une erreur et c’est la première chose que j’aimerais faire ressortir de ce bilan : personne n’est indispensable.


Si vous produisez du contenu pédagogique autour de la crise sanitaire et que ça vous pèse, vous pouvez vous arrêter. Si ça vous épuise d’être le référent scientifique de votre famille/vos amis, vous pouvez dire stop. Protégez-vous et n’attendez pas de craquer. Cette période est pénible pour tout le monde. Renvoyez les gens qui vous sollicitent vers des contenus qui existent déjà, ou dites-leur simplement que vous ne savez pas/que ça ne vous intéresse pas/que vous n’avez pas le temps.

Oui, se taire c’est potentiellement laisser plus de place à des informations erronées ou trompeuses. Mais vous n’êtes pas obligés de transformer votre vie en croisade pour autant : vous épuiser ne vous rendra pas plus utile. Ça peut même être contreproductif, parce qu’avec la fatigue arrive le manque d’empathie et de rigueur. De nombreuses personnes produisent des contenus de qualité. Vous pouvez les encourager, voire proposer votre aide si vous avez des compétences utiles. Ou tout simplement partager ces productions et, à l’inverse, éviter de donner de la visibilité aux contenus problématiques ! C’est déjà très bien.

Sans compter qu’en plus de ne pas être indispensable, si vous n’êtes pas payé pour votre travail d’information, vous ne devez rien à personne. Ou pour être plus exacte : si vous prétendez informer, la seule chose que vous devez à votre public c’est de rester rigoureux et intellectuellement honnête. Pas de faire des mises à jour quotidiennes sur tous les sujets en lien avec l’épidémie en passant 5h à éplucher la bibliographie correspondante. Ni de répondre à toutes les questions, y compris celles posées de façon inutilement agressive.

Cette réflexion peut être généralisée à toutes les personnes qui, depuis des mois, font des efforts pour faire tenir un équilibre que la crise met à l’épreuve. Je suis sûre que ce que j’ai vécu dans le domaine de la culture scientifique peut-être transposé à de nombreux milieux. Oui, la situation est exceptionnelle et il est normal de faire des efforts et de se serrer les coudes. Mais si vous poussez vos limites personnelles au point de craquer pour de bon, ça n’arrangera la situation de personne. Arrêtez-vous avant.

Dans mon cas, il a été difficile de me détacher des sollicitations reçues sur les réseaux sociaux parce que ce qui m’a poussée à travailler dans la médiation scientifique c’est justement mon intérêt pour l’horizontalité et les échanges avec le public. Mais quand j’anime un atelier ou que je donne une conférence, le public arrive à une heure donnée et repart au bout d’une certaine durée. Sur internet, ces limites temporelles n’existent pas. Les sollicitations peuvent arriver n’importe quand et, assez rapidement, former un flot qui ne s’arrête plus.

Il faut donc apprendre à s’arrêter soi-même et à ne pas répondre à tout. Plus ou moins consciemment, j’ai aujourd’hui une liste de critères qui déterminent que je réponde ou non à une demande : sa clarté, le ton sur lequel elle est faite, le moyen de contact via lequel elle m’arrive, le fait de déjà connaître la réponse à apporter, l’existence de ressources déjà vulgarisées sur le sujet, le niveau de compréhension que mon interlocuteur parait avoir… Et évidemment mon humeur et mon degré d’occupation du jour.

J’ai aussi changé ma façon de diffuser des informations pour être moins visible, ce qui diminue le nombre de sollicitations. Accepter moins d’interventions médiatiques, ne quasiment plus créer moi-même de contenus en lien avec la pandémie, réduire le nombre de ressources que je partage directement (en privilégiant une page de veille que je mets à jour sans tout rediffuser)… Tout ça aide à retrouver un relatif anonymat. Sauf quand, de façon imprévue, un des articles de ce blog fait plusieurs milliers de vues au lieu de quelques dizaines ! Les vulgarisateurs qui doivent en permanence gérer des communautés de grande taille ont tout mon respect.

Au printemps, j’avais tenté une autre démarche pour réduire le flot des notifications sur les réseaux. Elle a donné lieu à ce qui est finalement, à mes yeux, mon projet le plus important de 2020. Avant le lancement de mon entreprise et la sortie de mon premier livre, c’est pour dire ! On va un peu insister là-dessus parce que, malheureusement, c’est aussi un exemple beaucoup trop isolé de ce qui aurait dû être fait pour communiquer efficacement autour de la crise sanitaire.

Le 17 mars, premier jour du premier confinement, j’ai lancé un appel aux biologistes via twitter :

Lien du tweet : https://twitter.com/SciTania/status/1239833337411309568


Les retours ont été relativement nombreux et j’ai créé un serveur discord pour que toutes les personnes motivées puissent s’y retrouver. Plusieurs centaines d’inscrits et quelques discussions plus tard, le collectif KezaCovid était né ! Entre début avril et fin juin 2020, nous avons créé 12 contenus originaux, allant de la BD à la synthèse en passant par l’infographie, et traduit 7 contenus anglophones que nous avons trouvés intéressants. Tout ça a été partagé sur twitter, sur facebook et sur un site dédié.

KezaCovid était un moyen de me mettre en retrait. Les sollicitations étaient désormais adressées à un compte twitter indépendant du mien, que je ne regardais que quand je le souhaitais. La personne qui gérait la page facebook a également désactivé les notifications pour ne plus les recevoir automatiquement : on reprenait la main sur le temps consacré à cette activité de vulgarisation. Mais KezaCovid était aussi un moyen de produire des contenus bien meilleurs que ce que je pouvais faire toute seule !

Ce collectif a rassemblé des biologistes aux domaines de compétence complémentaires mais aussi des graphistes (à qui on doit une très bonne charte graphique et des infographies d’une qualité incroyable), des vulgarisateurs et des personnes maîtrisant les outils informatiques dont on avait besoin. Il a aussi permis de partager le travail de veille et de mettre en contact des experts avec des citoyens curieux et avec des journalistes à la recherche d’intervenants sur des sujets précis. Bref, KezaCovid a fait ce que toutes les initiatives de vulgarisation autour de la crise sanitaire devraient faire : mutualiser les compétences. S’appuyer sur des scientifiques pour le contenu scientifique, sur des graphistes pour le rendu visuel, sur des vulgarisateurs pour la conception pédagogique. Tout en restant en contact avec les préoccupations des citoyens.

Depuis le début de la crise, je désespère de voir se multiplier les initiatives de vulgarisation n’impliquant aucun professionnel de la culture scientifique. La pédagogie et le dialogue sont au cœur du métier des médiateurs scientifiques. Ne pas les solliciter revient à se priver d’une expertise cruciale qui correspond exactement à ce dont on a besoin aujourd’hui. Et c’est d’autant plus dommage que, les centres de sciences étant fermés, de nombreux médiateurs sont disponibles pour aider ! Il faudrait « simplement » que les personnes pilotant des projets de diffusion de connaissances fassent la différence entre communication et vulgarisation et pensent à solliciter les professionnels de la seconde.

Je ne ferai pas ici la liste des journées professionnelles autour de la « communication de crise » ou des initiatives de diffusion d’informations autour de la crise sanitaire qui sollicitent tous les acteurs possibles et imaginables sauf ceux issus de la culture scientifique. Ce serait long et inutilement agressif. En revanche j’aurais bien fait la liste des projets qui, justement, ont sollicité des experts de la pédagogie (enseignants inclus) pour concevoir des supports vulgarisés en lien avec la pandémie. Malheureusement, en dehors de KezaCovid, je n’en connais aucun. J’avais pourtant tenté un recensement en mai, qui n’a pas donné grand-chose :

Lien du tweet : https://twitter.com/SciTania/status/1260499408422043648


Si vous connaissez des initiatives ayant fait appel à des professionnels de la culture scientifique pour informer autour de la pandémie (sans émaner directement des professionnels en question), je vous invite à laisser un commentaire. Je serai ravie de les découvrir ! D’autant que, s’il y en a plusieurs, on pourra commencer à se poser une deuxième question intéressante : à quelle fréquence ces compétences professionnelles sont-elles sollicitées contre rémunération ?

Mais revenons à KezaCovid, que j’ai monté sur un coup de tête et qui, en l’absence de budget et de structure préexistante, fonctionnait sur du bénévolat. J’en parle au passé car, même si l’espace de discussion existe toujours, les personnes impliquées dans le collectif ont cessé cette activité à la fin du confinement, quand elles ont pu reprendre leur travail habituel. Et c’est directement lié à l’absence de budget : j’ai signalé qu’il était toujours possible et intéressant de produire des contenus pour le collectif mais, si personne ne le fait spontanément, il est hors de question que j’exige du travail sans proposer de rémunération. J’ai donc arrêté de relancer les échanges internes. Peut-être qu’ils reprendront si nous nous retrouvons à nouveau dans la situation que nous avons connue au printemps 2020…

A posteriori je suis très fière de KezaCovid parce que cette expérience montre qu’il est facile de rassembler des personnes aux compétences complémentaires et que cela donne de très bons résultats. J’aimerais que cette démarche en inspire d’autres, plus pérennes. A l’époque j’étais surtout ravie de passer d’un travail solitaire à un travail collectif et de me concentrer sur des missions différentes de celles qui m’avaient occupée entre janvier et mars.

En janvier ma posture était surtout celle d’une virologue : je suivais les informations concernant un nouveau virus et j’essayais de les rendre accessibles. En février cette posture a évolué pour devenir plutôt celle d’une médiatrice scientifique. Les domaines concernés allaient au-delà de la virologie, s’étendant notamment à l’épidémiologie et à la médecine. J’ai continué à m’informer, avec plus de vigilance par rapport aux limites de mes compétences scientifiques, et à faire un travail de vulgarisation proche de celui auquel je suis habituée quand je parle de disciplines qui ne sont pas les miennes.

(Remarque : cette différence de posture n’a pas été très visible de l’extérieur. Ça explique sans doute qu’on me demande régulièrement d’accompagner la production de contenus pédagogiques sans réaliser qu’en fait, c’est précisément mon travail… Donc qu’en tant qu’indépendante je ne peux pas me permettre de le faire gratuitement pour des structures bénéficiant de budget ou produisant des contenus payants !)

Créer et gérer KezaCovid correspondait à des missions différentes, que j’avais déjà exercées dans de précédents emplois : éditorialisation, gestion de communauté, animation de groupes de travail, accompagnement de chercheurs non habitués à produire de la vulgarisation, communication, relecture plutôt que conception… J’ai pu sortir le nez de la bibliographie (qui était devenue franchement impossible à suivre, même avec des sites comme Bibliovid), laisser l’expertise scientifique à d’autres biologistes et me concentrer sur d’autres choses. C’était une bouffée d’air frais qui m’a fait beaucoup de bien dans une période éprouvante.

Voilà mon bilan de 2020 ! Étonnamment, il se concentre surtout sur la première moitié de l’année. J’ai profité de l’été pour souffler un peu, comme tout le monde, puis j’ai limité le temps consacré à vulgariser bénévolement autour de la crise sanitaire pour me concentrer sur des projets dont je ne peux pas encore vous parler… Et sur la promotion de La folle histoire des virus, malgré la fermeture des librairies et l’annulation de plusieurs conférences. Je ne crée quasiment plus de ressources liées au coronavirus moi-même, j’ai envie de parler d’autres choses, mais je donne régulièrement des coups de mains à d’autres vulgarisateurs et je continue à partager ma veille.

Vous remarquerez aussi que ce bilan ne contient aucune référence à une certaine molécule thérapeutique ou au harcèlement qu’ont pu subir les vulgarisateurs qui ont expliqué que les essais cliniques correspondants n’étaient pas concluants. Tout ça a débuté fin février/début mars, à un moment où mon marathon personnel durait déjà depuis plusieurs semaines. Je me suis intéressée au sujet au départ puis je l’ai mis de côté en attente de sources fiables… et quand celles-ci sont arrivées, j’en étais déjà à lever le pied pour me protéger. J’ai fui ce combat-là, qui n’aurait jamais dû devenir un combat, et je remercie celles et ceux qui l’ont mené.

Globalement, 2020 a été une belle année de galères mais il y a aussi eu beaucoup de positif. C’est par exemple particulièrement émouvant de tenir un livre avec son propre nom sur la couverture et de découvrir les retours des lecteurs ! Je propose de finir sur cette remarque qui vaudra sans doute aussi pour 2021 : ne laissons pas les moments de joie se noyer dans la masse du négatif, savourons-les, ils font du bien.



Pour aller plus loin si ça vous intéresse :
Retour sur mon expérience de communication scientifique de crise pour l’École de la médiation
Transmettre les sciences en temps de pandémie, mon entretien avec L’Économiste sceptique
Récapitulatif de mes activités liées à la pandémie

4 commentaires sur “Bilan personnel de 2020

  1. Merci pour tout Tania !! J’imagine qu’après un tel travail, entendre qu’il « n’y a pas de contenu de vulgarisation produit en lien avec la pandémie actuelle », ça doit être assez horrible… Il va falloir encore pas mal d’énergie pour faire entendre aux médias et autres institutions l’importance de faire appel à des professionnels de la vulgarisation, mais je ne doute pas qu’en vous identifiant collectivement en tant que tels, et face aux catastrophes à divers degrés que représentent les interventions de chercheurs peu habitués aux médias ou, pire, de professionnels des médias incompétents scientifiquement, ça finira par se faire !

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